Covid-19 en Guinée : « J’ai pris la route le jour même » Témoignage d’un hygiéniste

09-10-2020

« Lavez les mains. Faites face à moi. Faites dos. Enlevez la casaque. Jetez-la dans le bac. Lavez les mains. Enlevez la première paire de gants. Jetez-la dans la poubelle. Lavez les mains. »

Ces mots, ce sont ceux de Soullo Iffono. L’homme de 37 ans est hygiéniste pour ALIMA, en charge de la désinfection au poste de déshabillage du centre de traitement de la COVID-19 de l’hôpital de Donka à Conakry, en Guinée.

Vêtu d’une blouse bleue, d’une paire de bottes et de gants de ménage, il a pour mission de désinfecter toute personne qui sort de la « zone rouge » du centre de traitement, la zone hautement contagieuse où se trouvent les patients. Son visage est camouflé derrière un masque chirurgical, mais on voit dans ses yeux une force de caractère. Celle qui lui permet de venir travailler chaque jour pour dicter les consignes de déshabillage à ses collègues, tout en pulvérisant de l’eau chlorée sur leurs équipements de protection.

« Je suis incontournable à ce poste, sourit Soullo. J’énonce les techniques de déshabillage pour guider les collègues, et je sais garder mon calme même si certains collègues sont fatigués après une journée ou une nuit de travail. » Le rôle de Soullo est particulièrement important, car il fait le lien entre la zone rouge, qui est contaminée, et la zone verte, à l’extérieur du bâtiment. Chaque jour, il assiste plus de 100 agents de santé lors de leur sortie de la zone rouge.

Derrière lui se tient un homme, souriant et discret. Fara Gabriel Tinguiano, âgé de 35 ans, est le chef de l’équipe d’hygiénistes dont Soullo fait partie. Fara, connu sous le nom de « Papa Charly » au sein de son équipe, supervise les activités des hygiénistes internes et externes de l’un des bâtiments du centre de traitement.

« Les équipes d’hygiénistes qui travaillent à l’intérieur du bâtiment ont la responsabilité de nettoyer les sols, gérer les poubelles, nettoyer les douches, les terrasses, les murs, les vitres, et de s’occuper des corps en cas de décès, raconte Papa Charly. Quant aux équipes externes, elles ont la responsabilité de ramasser les déchets et de les acheminer jusqu’à la zone de stockage, de nettoyer les sols, et de remplir les cuves au niveau de tous les points de lavage de mains situés à l’extérieur du centre. »

Les deux hommes se connaissent bien. Ingénieurs agronomes de formation, ils se sont rencontrés en 2014 lors d’un stage à la direction agricole de Guéckédou, en Guinée forestière.

Lorsque l’épidémie d’Ebola a frappé la Guinée cette année-là, la ville de Guéckédou a été la première touchée par la maladie. Les organisations humanitaires ont dû recruter et former du personnel rapidement. Les compétences de Soullo et de Papa Charly, ainsi que leur expérience dans la maîtrise des pulvérisateurs leur ont permis de participer à la riposte en tant qu’hygiénistes. « Les pulvérisateurs utilisés dans le milieu agricole et ceux utilisés pour désinfecter les équipements de protection des soignants lors d’une épidémie fonctionnent quasiment de la même manière » , précise Soullo.

En avril 2020, lorsque les premiers cas de COVID-19 ont été enregistrés en Guinée et qu’ALIMA a commencé à appuyer l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire dans la prise en charge des patients, Papa Charly a été le premier à répondre présent. « J’étais chez moi à Kissidougou (à 570 kilomètres de Conakry, ndlr), des amis m’ont appelé pour me prévenir qu’on cherchait des hygiénistes à Conakry. Beaucoup m’ont encouragé à postuler, me disant qu’il seraient rassurés s’ils savaient que je fais partie de l’équipe du centre de traitement. J’ai pris la route pour Conakry le jour même » , raconte-t-il.

Quelques jours plus tard, alors qu’il avait rejoint l’équipe d’ALIMA au centre de traitement de Donka, c’est avec surprise qu’il a vu arriver Soullo. « J’ai été très content lorsque j’ai vu que Soullo était dans mon équipe. Je l’ai immédiatement affecté au poste de désinfection du sas de déshabillage, car je savais qu’il serait opérationnel tout de suite. Il maîtrise les mélanges de solution de désinfection et il connaît les étapes de déshabillage ». On ne peut qu’approuver les propos de Papa Charly : quand on observe Soullo travailler, on voit tout de suite qu’il exerce avec maîtrise. Et qu’il n’hésiterait pas à rappeler à l’ordre celui qui ne respecterait pas les protocoles de sécurité !

Si les hommes avouent qu’il ont eu très peur au début de l’épidémie en voyant l’impact de la maladie sur les autres continents, ils sont aujourd’hui rassurés de voir que les centres de traitement permettent de prendre en charge tous les patients confirmés. Ce qui les motive au quotidien ? Participer à la lutte contre l’épidémie et se mettre au service de leur communauté.

« L’aide humanitaire est devenue une vocation pour nous. Lorsque nous aurons vaincu la COVID-19, notre souhait est de continuer à aider les communautés », concluent les deux hommes.

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Le projet de prise en charge des patients souffrant de COVID-19 à Donka a été mis en oeuvre avec le soutien financier de l’Union européenne. Le contenu de cette publication relève de la seule responsabilité d’ALIMA et ne reflète pas nécessairement les opinions de l’Union européenne.

 

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