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25 octobre 2018

De retour du Kasaï: au cœur du néant. Témoignage d’un photographe

Alexis Huguet, photographe freelance vit en Afrique depuis trois ans. Aujourd’hui il nous raconte sa deuxième mission effectuée pour ALIMA qui l’a conduit en RDC dans la région du Kasaï. Alors que l’insécurité demeure en raison de poches de milices armées encore actives, que les populations déplacées ont toutes les peines du monde à se réinstaller, les besoins médicaux sont énormes. ALIMA a apporté son soutien à deux hôpitaux à Kamuesha et Kalonda Ouest et a ouvert neuf centres de santé à Kamuesha pour apporter des soins primaires et secondaires et lutter contre la malnutrition.

Alexis Huguet, photographe freelance vit en Afrique depuis trois ans. Après quelques années au Cameroun, il s’installe désormais en RDC et enchaîne les commandes variées pour des ONGs et des médias grâce à ses compétences en photo et vidéo.

Aujourd’hui il nous raconte sa deuxième mission effectuée pour ALIMA qui l’a conduit en RDC dans la région du Kasaï. Alors que l’insécurité demeure en raison de poches de milices armées encore actives, que les populations déplacées ont toutes les peines du monde à se réinstaller, les besoins médicaux sont énormes. ALIMA a apporté son soutien à deux hôpitaux à Kamuesha et Kalonda Ouest et a ouvert neuf centres de santé à Kamuesha pour apporter des soins primaires et secondaires et lutter contre la malnutrition. 

En arrivant dans le Kasaï, encore plus à Tshikapa je commence à pressentir ce que c’est de repartir de zéro. Pour eux tous.

Parce que là-bas, tout le monde a une histoire lourde, tout le monde est parti se réfugier dans la forêt, tout le monde a perdu un proche ; y compris le personnel soignant. Parce qu’il n’y avait plus rien et que peu à peu, les populations reviennent et se retrouvent devant des villages où presque tout a été brûlé, où la brousse a tout envahi. Pas si loin, on traverse des villages fantômes. Encore trop dangereux. La zone n’est pas totalement sécurisée. Personne ne veut s’y arrêter. Derrière la vitre de la voiture, le regard du médecin chef de zone est lourd et grave .

Cette émotion-là, elle n’a pas de mots. Et c’est tout le sens de mon travail et mon devoir en tant que photographe que de la montrer.

Les missions se suivent et il faut sans cesse se questionner sur ce que l’on voit mais que l’on ne peut pas montrer et sur ce que l’on doit partager. Quand je suis sur le terrain, mon énergie me porte et les journées sont intenses.

Mais le soir, quand c’est le moment de revenir sur le travail effectué, difficile de ne pas craquer ; la pression retombe.

Je trie mes photos, je tape mes notes et redécouvre celles prises quelques heures auparavant où l’on voit la desquamation (désigne des bouts de peau qui se détachent) sur des enfants. Ça prend forcément aux tripes… Et je réalise que c’est insupportable. Je ne peux pas vous le montrer, alors je vous le dis.

Au réveil, tout recommence. Il faut s’apprivoiser mutuellement avec les employés et les patients pour qu’ils comprennent mon travail, m’acceptent et finissent par oublier l’objectif de ma caméra. C’est à ce moment-là que la discussion se fait entre nous et que l’on touche à la profondeur de leur témoignage. Il y a tant à faire, à voir, à raconter que c’est frustrant.

Frustrant d’entendre les patients qui attendent dans la salle voisine du service de pédiatrie s’attrister de ne pas me voir aussi auprès d’eux. Car ils ont tous des choses à dire.

On les côtoie, on pénètre leur intimité, on se découvre et puis on se sépare. J’avais besoin d’une autre fin. La mienne cette fois. Alors ces photos c’était ma thérapie pour réussir à les quitter et reprendre la route. Je distribue mes photos que j’ai pu miraculeusement imprimer. Une émotion dingue emplit la pièce ; positive cette fois. Et je balbutie en tshiluba: Tuasakidila Tuasakidila maman! Merci, merci…

Dans ces centres de santé, peu à peu de l’humain se recrée au milieu d’un espace coupé de tout. Ce qui me fait tenir et me motive c’est de voir des ONGs comme ALIMA s’installer au milieu de ce rien aux côtés des populations. Apporter une assistance médicale en malnutrition infantile et des soins primaires c’est venir en aide à ceux qui sont inévitablement les plus fragilisés.

Donner une chance de survie à ceux qui ont déjà survécu à tant.

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ALIMA (l’Alliance pour l’Action Médicale Internationale) est une organisation médicale humanitaire qui travaille main dans la main avec un réseau d’organisations médicales locales pour fournir des soins médicaux de qualité aux personnes les plus vulnérables lors de situations d’urgence et de crises récurrentes. Basé à Dakar au Sénégal, ALIMA a traité plus de 3 millions de patients à travers 12 pays depuis sa création en 2009, et lancé 10 projets de recherche sur la malnutrition, le paludisme et le virus Ebola.
En RDC, où ALIMA est active depuis août 2011, le programme se focalise sur la réponse aux épidémies et urgences sanitaires. Cela comprend la réponse à de multiples épidémies de choléra, de rougeole et d’Ebola. Entre 2013 et 2017 dans l’ancienne province du Katanga, ALIMA a mis en place une équipe d’intervention d’urgence, connue sous le nom de RUSH, qui a soutenu la surveillance épidémiologique, la recherche et la réponse à d’éventuelles épidémies. Nos équipes se concentrent maintenant sur la région du Kasaï, où les populations locales, qui ont été affectées par un conflit en cours, bénéficient de soins médicaux et nutritionnels gratuits.
Depuis Juillet 2018, ALIMA a traité près de 295 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère, effectué quelques 1606 consultations ambulatoires et traité plus de 4568 enfants contre le paludisme.


Ces activités sont rendues possibles grâce au généreux financement du département de la protection civile et de l’aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO) et de la Fondation Innocent pour Kamuesha ainsi que du Consortium avec Action Contre la Faim (ACF) pour la zone de santé de Kalonda Ouest.

Photos: Alexis Huguet/ ALIMA

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