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11 mai 2018

Infirmiers humanitaires : témoignages du terrain

Chaque jour, les infirmiers et infirmières du monde entier jouent un rôle essentiel en procurant des soins médicaux de haute qualité qui assurent la survie des patients. Cela est particulièrement vrai dans les zones de conflit et de crise, où les populations manquent souvent d’accès aux services de santé et où il n’y a pas un nombre suffisant de médecins pour couvrir les besoins. Alors que le monde entier célèbre le travail acharné et le dévouement de tous les infirmiers lors de la Journée internationale des infirmiers, certains des agents de santé d’ALIMA partagent leurs expériences les plus mémorables sur le terrain.

Dr Karim Assani, qui travaille actuellement avec ALIMA en tant que pédiatre à Boda, en République Centrafricaine, raconte l’histoire de cette infirmière stagiaire avec laquelle il travaillait quand il était pédiatre à N’Zérékoré, en Guinée :

“Une nuit, vers 21 heures, j’ai reçu un appel. Un bébé prématuré, qui pesait seulement 1200 grammes quand nous l’avions admis à la clinique pédiatrique quelques jours plus tôt, souffrait de détresse respiratoire. Alors même que le bébé pouvait encore ouvrir les yeux, bouger ses membres, et que son cœur battait très fort, il avait cessé de respirer. Son cerveau immature avait oublié que la respiration est l’une des tâches qu’il doit contrôler. Dans ce cas, nous avions besoin de trouver une solution pour permettre au bébé de respirer en attendant que son cerveau reprenne le contrôle de ses poumons. La seule solution était de ventiler manuellement ce bébé aussi longtemps que nécessaire.

Dans le service de néonatalité, l’équipe était débordée – on devait parfois s’occuper de 2 ou 3 bébés dans la même couveuse, en raison d’un manque de places. Donc pendant une heure, j’ai dû aider ce bébé à respirer en utilisant un ballon de réanimation auto-gonflable, et m’assurer que tous ses signes vitaux restaient normaux. Mais après une heure, toujours rien ! Le bébé ne pouvait toujours pas respirer seul. Je me suis immédiatement rendu compte qu’il serait nécessaire de continuer à ventiler artificiellement ce bébé. Mais qui pourrait dévouer tout son temps à ventiler ce bébé dans le contexte d’une surcharge de travail ? Un stagiaire peut-être ?

J’ai trouvé une étudiante en soins infirmiers de pédiatrie et lui ai rapidement appris à ventiler le bébé. Ne pas insuffler trop d’air dans les poumons, ne pas ventiler trop vite ou trop lentement … S’assurer qu’il n’y a pas de fuites d’air, s’assurer que les signes vitaux continuent d’indiquer que tout est normal, s’assurer que la peau du bébé reste dans les tons roses.

Après avoir appris la technique avec succès, la stagiaire m’a assuré qu’elle pouvait continuer à ventiler le bébé jusqu’à la fin du service de nuit. Et elle l’a fait ! Elle a correctement ventilé l’enfant toute la nuit. À 6 heures du matin, le bébé a repris son souffle ! Ce fut une surprise pour toute l’équipe et pour la famille du bébé. Personne n’avait vraiment espéré que cet enfant survive. Au bout d’un certain temps, le bébé a repris du poids et de la force. Il a quitté l’hôpital en bonne santé et a continué de montrer des signes d’une santé normale lors des consultations de suivi. La famille était ravie. En fin de compte, l’infirmière avait joué un rôle essentiel à ce moment crucial de la vie du bébé. Sa survie s’était faite grâce à elle et à son équipe.”


Caroline Kia, infirmière d’ALIMA à l’hôpital d’état de Raja au Soudan du Sud

Avant de travailler à l’hôpital d’état de Raja, Caroline a travaillé comme infirmière au centre de stabilisation nutritionnelle d’ALIMA à Baggari. Elle s’entretient avec Dr Modi au sujet du traitement de Fada, 2 ans, qui souffrait de malnutrition aiguë sévère, de paludisme et de diarrhée aqueuse aiguë.

“Oui, parfois, c’est très difficile d’être infirmière au Soudan du Sud, mais nous sommes habitués à la situation et nous faisons de notre mieux … Ce que j’aime le plus en tant qu’infirmière, c’est d’aller travailler à l’hôpital tous les jours. La nuit dernière par exemple, j’étais de garde et nous avons admis six nouveaux patients. Toute la nuit, nous avons travaillé sans relâche pour prendre soin d’eux et rassurer leurs familles. Au matin, j’étais épuisée, mais si heureuse, parce que ces enfants ont maintenant une nouvelle chance de vivre. ”


Grevisse Kahindura, infirmier pour ALIMA depuis 2011, gère actuellement des activités de sensibilisation à Askira, au Nigeria.

L’un des plus grands défis consiste à travailler en tant qu’infirmier dans une zone de conflit. Dans ce type de contexte, les patients que vous soignez sont souvent traumatisés. Vous devez être capable de faire preuve de compassion pour les aider à soulager leur stress, afin que vous puissiez gagner leur confiance et mieux les assister.

L’autre difficulté rencontrée dans les zones de conflit est que beaucoup de gens fuient en permanence, ils sont toujours en mouvement. Leur accès aux soins médicaux n’est donc pas régulier, parfois ils ont peur de venir chercher de l’aide, et ils arrivent trop tard. Il arrive par exemple que des femmes essaient d’accoucher à la maison et arrivent trop tard. Il est important de ne pas juger les patients, mais de toujours prendre soin d’eux, et aussi de les recevoir en tant que personne, non pas en tant que victime de violence ou porteur de maladies. La compassion est le plus important, car le patient doit se sentir en confiance. Nous ne devons pas juger leur situation. Sinon, peut-être la prochaine fois, ils ne reviendront pas à l’hôpital ou à la clinique.

Malgré les défis, j’aime mon travail. Parfois, les gens me demandent pourquoi suis-je encore «juste une infirmier». Pourquoi ne suis-je pas pas responsable ou directeur d’une clinique? Mais j’aime être infirmier. Je préfère être infirmier. Je préfère être au chevet des patients, interagir avec eux et ne pas m’asseoir dans un bureau. Parce que lorsque vous prenez soin d’un patient et que vous le voyez aller mieux, et c’est un sentiment merveilleux. Je suis donc fier d’être infirmier.


Akala, infirmière pour ALIMA à l’hôpital de district de Mokolo au Cameroun depuis 2016

Akala participe aux tournées matinales de Dr Christian au service de pédiatrie de l’hôpital de Mokolo.

“J’apprécie vraiment la qualité du plateau technique ici. Cela nous permet de réanimer des patients et de leur prodiguer des soins intensifs. Lorsqu’on réussit à réanimer un enfant on est tellement heureux, car l’un des plus gros problèmes est que les enfants arrivent souvent trop tard à l’hôpital. Les mères gardent leur enfant malade à la maison, parfois pendant une semaine, en essayant de les traiter avec des médicaments traditionnels, alors quand les enfants arrivent à l’hôpital ils sont déjà dans un état avancé.”


Photo de couverture : Nana Kofi Acquah / ALIMA
Photo du Soudan du Sud : Eymeric Laurent-Gascoin / ALIMA
Photo du Cameroun : Alexis Huguet / ALIMA

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