Fièvre de lassa au Nigeria : l’épidémie oubliée que combattent les médecins

14-03-2022

L’ONG médicale humanitaire ALIMA lutte contre une épidémie silencieuse, celle de la fièvre de Lassa, une fièvre hémorragique virale aiguë similaire à Ebola. Il est urgent de financer davantage la recherche pour mieux comprendre et traiter cette maladie tropicale négligée.

Les hôpitaux nigérians doivent faire face cette année à l’augmentation des cas de fièvre de Lassa, une fièvre hémorragique virale aiguë qui est endémique dans le pays. Plus de 540 cas de fièvre de Lassa ont ainsi été confirmés au Nigeria depuis le début de l’année 2022, entraînant 98 décès, selon le Centre Nigérian de Contrôle des Maladies (NCDC). Le Nigeria a déjà connu un nombre dangereusement élevé de cas de fièvre de Lassa au cours des quatre dernières années.

La fièvre de Lassa affecte toutes les couches de la population, les jeunes et moins jeunes. Elle est transmise à l’homme par le rat Mastomys, la transmission de personne à personne se faisant par contact des fluides corporels. Les symptômes principaux sont la fièvre, la diarrhée et les hémorragies. Elle est particulièrement dangereuse pour les femmes enceintes.

ALIMA, en collaboration avec le Centre Nigérian de Contrôle des Maladies, a soigné de nombreux patients atteints de la fièvre de Lassa au Centre médical fédéral d’Owo, dans un établissement de 35 lits qu’elle a contribué à réhabiliter en 2018. Owo – situé dans l’État d’Ondo, au sud-ouest du pays – reste l’épicentre de l’épidémie.

“Nous avons fourni des soins médicaux à 141 patients admis avec la fièvre de Lassa depuis le début de l’épidémie en décembre 2021. Mais ce n’est probablement que la partie émergée de l’iceberg. Les porteurs de la fièvre de Lassa sont fortement stigmatisés dans les communautés locales, de telle sorte que la majorité des cas ne sont probablement pas détectés. Seuls les patients aux stades graves de la maladie se rendent à l’hôpital”, explique O. Zakary Rhissa, chef de mission d’ALIMA au Nigeria.

Le taux de mortalité de la fièvre de Lassa varie entre 15 et 30 %, en fonction des soins médicaux apportés aux patients. Ce taux de mortalité fait de la fièvre de Lassa l’une des fièvres hémorragiques virales aiguës les plus meurtrières et l’une des menaces les plus dangereuses pour la santé publique, compte tenu de son potentiel épidémique. Elle agit également avec une rapidité dévastatrice, tuant les personnes infectées dans les 14 jours suivant les premiers symptômes. L’Organisation mondiale de la Santé l’a classée parmi les maladies prioritaires pour lesquelles il est urgent d’entreprendre des activités de recherche et développement.

La recherche médicale est vitale pour éviter de nouveaux décès dans les années à venir

Les efforts déployés par ALIMA et ses partenaires au centre médical fédéral d’Owo et dans tout le pays sont fortement limités par l’absence de traitement efficace contre la fièvre de Lassa. En effet, le traitement actuellement recommandé, l’utilisation par voie intraveineuse de la ribavirine, un médicament antiviral, présente notamment plusieurs effets secondaires et manque de données concernant son efficacité.

“Si nous en savons désormais beaucoup plus sur la maladie qu’auparavant grâce à la recherche et à l’étude LASCOPE, le défi à relever pour développer des traitements plus efficaces réside dans le fait que nous n’avons pas les moyens d’évaluer correctement les nouveaux médicaments”, explique le Dr Marie Jaspard, chercheuse en maladies infectieuses et coordinatrice du projet ALIMA. Le Dr Jaspard dirige l’étude LASCOPE – la plus grande étude de cohorte prospective jamais réalisée sur la fièvre de Lassa, qui inclut près de 900 patients infectés par Lassa.

Lancée en 2018, avec les résultats relatifs aux 510 premiers participants publiés dans la célèbre revue scientifique The Lancet Global Health en avril 2021, l’étude LASCOPE vise à documenter les paramètres cliniques et biologiques de patients atteints de la fièvre de Lassa admis au centre médical fédéral d’Owo. En adoptant une approche qui intègre la recherche et les soins aux patients, cette étude fournit des informations précieuses pour la conception de futurs outils de diagnostic, vaccins et essais thérapeutiques. L’étude, menée avec des partenaires de recherche tels que l’Inserm (Institut national français de la santé et de la recherche médicale) et l’ANRS | Maladies infectieuses émergentes, continue d’inclure davantage de patients.

Cependant, malgré le généreux soutien de la Fondation Conrad N Hilton, de l’ANRS | Maladies infectieuses émergentes et d’autres partenaires, les projets ALIMA relatif à cette épidémie au Nigeria manquent cruellement de financements, et les équipes sur place luttent pour couvrir les coûts opérationnels et mettre en place des programmes de recherche.

“Notre financement actuel ne couvrira que les frais médicaux pour les 7 prochains mois. Mais il est vital que de tels projets se poursuivent, car LASCOPE est la seule étude de ce type au monde. Ses résultats et ses données sont essentiels pour développer des traitements et conduire des travaux de recherche futurs. Enfin, des financements supplémentaires sont nécessaires pour mener des essais cliniques afin de faire un autre grand pas en avant dans notre lutte contre la fièvre de Lassa”, déclare le Dr Jaspard.
ALIMA interpelle la communauté internationale afin d’augmenter le financement de la recherche sur les maladies émergentes et notamment celle de Lassa. Sans ressources supplémentaires, des programmes de recherche vitaux tels que LASCOPE prendront fin, et une opportunité importante de mieux traiter les maladies émergentes et de prévenir les épidémies futures sera perdue.

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A propos de la Fièvre de Lassa:
La fièvre de Lassa est une fièvre hémorragique virale aiguë. Les symptômes du virus sont la fièvre, la diarrhée, les vomissements, les douleurs abdominales, les maux de gorge et les hémorragies. Elle est généralement transmise à l’homme par l’urine ou les excréments infectés du rat Mastomys, et peut être transmise de personne à personne par contact avec les fluides corporels d’une personne infectée. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que 100 000 à 300 000 personnes sont infectées chaque année en Afrique occidentale (Ghana, Togo, Bénin, Guinée, Mali, Sierra Leone, Liberia et Nigéria). Chaque année, au Nigeria, le pic de la fièvre de Lassa s’étend approximativement de décembre à avril. Le pays est touché par la fièvre de Lassa depuis 50 ans, mais connaît un nombre inhabituellement élevé de cas depuis le début 2018.

A propos de LASCOPE:
L’étude LASCOPE est menée par une équipe de recherche d’ALIMA et ses partenaires dans le cadre de la plateforme CORAL (Clinical and Operational Research Alliance), dont l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale, unité de Bordeaux (INSERM 1219), le programme PACCI à Abidjan, et en coordination avec le Centre Nigérian de Contrôle des Maladies (NCDC) et l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

A propos d’ALIMA – The Alliance for International Medical Action :
ALIMA (The Alliance for International Medical Action) est une ONG humanitaire médicale créée en 2009 pour fournir des soins de santé de qualité aux personnes les plus vulnérables dans les zones à forte mortalité lors des urgences et des crises. ALIMA s’appuie sur un modèle opérationnel basé sur des partenariats avec les acteurs humanitaires nationaux et les communautés locales, et s’est imposé comme un acteur clé dans le domaine humanitaire médical en Afrique. L’ambition d’ALIMA est de révolutionner l’aide médicale d’urgence et de transformer la médecine humanitaire, en menant des recherches et en favorisant l’innovation pour renforcer l’impact des actions humanitaires. En 12 ans, ALIMA a traité plus de 7 millions de patients dans 14 pays et lancé plus de 30 projets de recherche, notamment sur la malnutrition, le paludisme, la maladie à virus Ebola, le COVID-19 et la fièvre de Lassa.
Contacts media ALIMA :
Cécile Batard, 06 74 77 60 64, cecile@wearecitizens.eu
Valentin Grégoire–Poggiaspalla, 06 71 87 91 84, valentin@wearecitizens.eu

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