Une étude révèle le succès d’une nouvelle stratégie pour soigner plus d’enfants souffrant de malnutrition aiguë

16-03-2022

Les résultats d’un essai clinique randomisé sur la malnutrition mené dans la province du Kasaï en République démocratique du Congo (RDC), ont été publiés aujourd’hui dans la revue médicale The Lancet Global Health. Ils montrent qu’une nouvelle approche de la prise en charge des enfants malnutris pourrait permettre de lutter plus efficacement contre la malnutrition aiguë dans le pays.

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L’étude compare le protocole standard de prise en charge de la malnutrition aiguë en RDC avec l’approche simplifiée OptiMA (Optimiser la prise en charge de la Malnutrition Aiguë) développée par l’ONG humanitaire médicale ALIMA (The Alliance for International Medical Action), en étroite collaboration avec l’Inserm. Selon les résultats de l’étude, adopter cette stratégie innovante permettrait de soigner plus d’enfants et de manière plus efficiente.

L’approche OptiMA repose sur le constat des limites opérationnelles du protocole standard observées ces dernières années. Selon le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), en 2019, seuls 30 % des enfants souffrant de malnutrition aiguë recevaient un traitement en RDC.

OptiMA, une innovation prometteuse pour lutter plus efficacement contre la malnutrition

La stratégie OptiMA est ce qu’on appelle une « approche simplifiée ». D’abord, elle facilite le travail des agents de santé puisqu’elle brise le cloisonnement établi entre la malnutrition aiguë sévère (MAS) et la malnutrition aiguë modérée (MAM), en intégrant tous les enfants malnutris aigus dans un seul et même programme. À l’heure actuelle, ce cloisonnement explique en grande partie les limites du protocole standard appliqué dans la plupart des pays. Cette stratégie permet aussi de gagner en efficacité grâce à l’utilisation d’un seul et unique outil de dépistage, d’admission et de décharge du programme nutritionnel – le bracelet de mesure du périmètre brachial – et à l’utilisation de l’aliment thérapeutique prêt à l’emploi seulement, de manière plus rationnelle.

« L’un des principes fondamentaux d’OptiMA est aussi d’impliquer les familles et les communautés », explique le Dr Rodrigue ALITANOU, responsable régional d’OptiMA pour ALIMA. « Nous formons les familles à la détection précoce de la malnutrition aiguë grâce à un outil simple d’utilisation et fiable, le bracelet MUAC [bracelet de mesure du périmètre brachial], et à la surveillance nutritionnelle des enfants. Cela permet d’éviter une évolution vers des formes plus graves de la malnutrition – complications voire décès. »

Une étude scientifique réalisée avec succès dans un environnement instable

Cet essai clinique randomisé individuellement a été mené entre 2019 et 2020 dans la zone de santé de Kamuesha, dans le Kasaï, une région reculée et impactée par plusieurs années de conflits et caractérisée par une insécurité alimentaire sévère. Il a porté sur près d’un millier d’enfants atteints de malnutrition aiguë, âgés de 6 mois à 5 ans. Les enfants inclus ont été répartis aléatoirement en deux groupes : l’un a suivi le parcours de soins standard, tandis que l’autre a été pris en charge selon la stratégie OptiMA.

Le succès de cette étude repose sur la connaissance fine du terrain par les équipes d’ALIMA, la force d’un partenariat international de recherche à travers la plateforme CORAL (composée d’ALIMA, de chercheurs de l’Inserm, de l’Université de Bordeaux et de l’IRD et de chercheurs d’Abidjan du programme PAC-CI) ainsi que l’étroite collaboration avec le programme national de nutrition de la RDC (PRONANUT).

« Nous sommes très enthousiastes à l’égard des résultats issus de l’étude OptiMA, témoigne Béatrice KALENGA TSHIALA du PRONANUT. La nouvelle approche OptiMA permettrait de soigner plus efficacement la malnutrition et d’améliorer la couverture de la prise en charge des enfants souffrant de malnutrition aiguë en RDC. La collaboration entre le PRONANUT et CORAL a permis la mise en place d’une étude qui répond concrètement à un problème de santé prioritaire du pays »

Grâce à ce travail scientifique rigoureux, les chercheurs ont ainsi pu montrer que l’efficacité de la stratégie OptiMA était supérieure à celle du protocole standard après 6 mois de suivi des enfants inclus dans l’étude.

Les principales conclusions sont :

– OptiMA a permis de prendre en charge 30 % d’enfants supplémentaires tout en utilisant 20 % de moins d’aliments thérapeutiques prêts à l’emploi

– La proportion d’enfants guéris et n’ayant pas rechuté vers un nouvel épisode de malnutrition, mesurée 6 mois après l’inclusion dans l’essai, était supérieure (+ 9 %) avec la stratégie OptiMA par rapport au protocole national en RDC.

– Les enfants souffrant de malnutrition aiguë modérée ayant reçu le traitement OptiMA ont été moins nombreux à évoluer vers le stade sévère de la maladie (5 % contre 16 % avec le programme standard).

– Les enfants qui ont reçu le traitement OptiMA ont présenté un gain de poids et une augmentation de leur périmètre brachial plus importants en 6 mois.

– Les temps de récupération étaient plus courts avec la stratégie OptiMA, en particulier chez les enfants avec une malnutrition aiguë modérée.

 

« Les résultats montrent qu’un programme unique pour tous les stades de la maladie, en utilisant un seul aliment thérapeutique conduit à un meilleur état nutritionnel des enfants grâce à une prise en charge plus précoce », affirme Cécile Cazes, épidémiologiste et cheffe de projet scientifique de l’étude. « La réduction progressive du dosage des aliments thérapeutiques ne met pas la santé des enfants en danger, même dans un contexte d’insécurité alimentaire sévère. Ces résultats s’avèrent très prometteurs et justifient de comparer cette stratégie dans différents contextes. »

La stratégie OptiMA est désormais testée par ALIMA et ses partenaires de recherche au Niger, dans un essai clinique randomisé, afin de mesurer si ses bénéfices peuvent être répliqués dans d’autres contextes d’intervention. Cette innovation offre un espoir pour soigner plus d’enfants souffrant de malnutrition dans des pays fortement touchés par ce fléau et aux ressources limitées.

 

Contacts média ALIMA

Sébastien Rouichi-Gallot, 06 64 51 25 56, sebastien@wearecitizens.eu

Marion Rajaonah, 06 74 26 56 43, marion@wearecitizens.eu

A propos d’ALIMA

ALIMA (The Alliance for International Medical Action) est une ONG médicale humanitaire créée en 2009, qui a pour objectif de fournir des soins de santé de qualité aux personnes les plus vulnérables, en zone de forte mortalité lors de situations d’urgence et de crises. ALIMA s’appuie sur un mode opératoire fondé sur le partenariat avec des acteurs humanitaires nationaux et les communautés locales, et s’est ainsi imposée comme un acteur incontournable de l’humanitaire médical en Afrique. L’ambition d’ALIMA est de révolutionner l’aide médicale d’urgence et de transformer la médecine humanitaire en favorisant la recherche, l’innovation pour renforcer l’impact des actions humanitaires. En 12 ans, ALIMA a soigné plus de 7 millions de patients dans 14 pays et a lancé plus de 30 projets de recherche, notamment sur la malnutrition, le paludisme, la maladie à virus Ebola, la COVID-19 et la fièvre de Lassa.

A propos de CORAL

CORAL (Clinical and Operational Research Alliance) est née en septembre 2016 du partenariat entre ALIMA, le Centre Inserm (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) U1219 de l’Université de Bordeaux et le programme de recherche médicale franco-ivoirien PAC-CI à Abidjan). CORAL est une plateforme de recherche clinique et opérationnelle qui rassemble des chercheurs et des humanitaires médicaux africains et européens. Ses travaux de recherche portent sur les maladies infectieuses émergentes (maladie à virus Ebola et Fièvre de Lassa notamment) et sur la santé materno-infantile, notamment sur la prévention et la prise en charge de la malnutrition aiguë.

A propos de l’INSERM

Créé en 1964, l’Inserm est un établissement public à caractère scientifique et technologique placé sous la double tutelle du ministère de la Santé et du ministère de la Recherche. Dédié à la recherche biologique, médicale et à la santé humaine, il se positionne sur l’ensemble du parcours allant du laboratoire de recherche au lit du patient. Sur la scène internationale, il est le partenaire des plus grandes institutions engagées dans les défis et progrès scientifiques de ces domaines.

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