L’Afrique de l’Ouest menacée par une grave crise de la faim

14-10-2022

À l’occasion d’une interview dans Bonjour Santé, le magazine médical de Canal + Afrique, Docteur Bunmi Ode, pédiatre au sein de l’ONG ALIMA (The Alliance for International Medical Action) dresse un état des lieux de la malnutrition en Afrique. La situation est alarmante !

ALIMA (The Alliance for International Medical Action), acteur majeur de l’aide médicale d’urgence en Afrique, a déjà tiré la sonnette d’alarme plusieurs fois depuis le début de l’année.
Nous savons que l’Afrique est le continent le plus affecté par la malnutrition. Sa prévalence y est estimée à 21%, contre 9,9% au niveau mondial. Au Sahel, la situation alimentaire s’est considérablement aggravée année après année.
Le nombre de personnes au bord de la famine dans cette région a presque été multiplié par 10 au cours des trois dernières années, et les prévisions laissent penser que l’ampleur de la crise actuelle devrait dépasser les années précédentes en raison de l’augmentation de l’insécurité et de la pauvreté.

La situation alimentaire continue de s’aggraver

ALIMA, de même que plusieurs autres organisations humanitaires, s’inquiète de cette situation : l’Afrique de l’Ouest fait probablement face à sa pire crise de la faim depuis une décennie. Ces derniers temps, la situation s’est encore aggravée en raison de plusieurs facteurs. Le contexte sécuritaire d’abord : la hausse des conflits crée de plus en plus de déplacements de populations, avec une augmentation de près de 400% ces trois dernières années (Source : Nations Unies 2022). On note aussi des problèmes économiques qui ont été davantage accentués par la crise de la COVID-19. A cela s’ajoutent les conséquences du changement climatique qui viennent affecter une situation alimentaire déjà dramatique. Et enfin, la guerre en Ukraine vient encore noircir le tableau en impactant la disponibilité des céréales.

L’urgence d’agir

Sans une réelle prise de conscience et la mobilisation de toutes et tous, tout nous laisse croire que la situation alimentaire et nutritionnelle des populations du continent sera dramatique cette année. Cet été, certains pays comme le Tchad ont d’ailleurs déclaré l’état d’urgence alimentaire. Ce que l’on voit sur le terrain, ce sont des hôpitaux ou des centres de santé qui sont complètement saturés et qui ne peuvent plus accueillir davantage d’enfants malnutris, à cause d’un manque de moyens humains et financiers. Nous voyons certaines de nos unités nutritionnelles débordées avec des taux d’occupation inquiétants (dépassant 100%). L’insuffisance de financements au regard des besoins humanitaires de plus en plus importants, entraîne une fermeture de certains projets de prise en charge de la malnutrition aiguë, essentiels pour les populations les plus démunies, ainsi qu’une rupture de stocks des aliments thérapeutiques prêts à l’emploi, compromettant ainsi la qualité des soins.

Il nous arrive aussi de constater, dans certaines zones, une absence totale de soins du fait de l’insécurité. Nous essayons donc de couvrir les besoins urgents en santé en proposant des soins gratuits aux populations dans leurs zones d’arrivée ou alors parfois même dans ces zones d’insécurité.

La faim dans le monde n’est pas une fatalité

ALIMA est une organisation experte dans la lutte contre la malnutrition aiguë qui a déployé des efforts considérables pour améliorer la prise en charge de la malnutrition aiguë en identifiant une méthode de dépistage précoce des enfants malnutris par leurs mamans afin d’éviter qu’ils ne tombent dans une forme plus sévère; il s’agit de la méthode PB mères. Par ailleurs, nous avons pu mettre en place une stratégie simplifiée de prise en charge de la malnutrition afin d’optimiser les moyens et de soulager les soignants. Tout cela a été rendu possible grâce à des études scientifiques rigoureuses qui ont démontré l’efficacité de ces méthodes.
Depuis fin 2020, ALIMA lance un appel pour mettre la malnutrition infantile au cœur des priorités internationales. Il faut absolument se mobiliser pour cette crise nutritionnelle, afin de sauver des vies et mettre en place des solutions innovantes et durables qui permettront de mieux lutter contre la faim et la malnutrition aiguë.

Photo de couverture: © Benita Nnachortam/ ALIMA

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