10 ans après 2005 – Mortalité infantile et malnutrition au Niger

17-03-2015

Le Niger est touché par une crise nutritionnelle et de santé persistante depuis 2005 avec des taux de malnutrition aiguë sévère (MAS) qui demeurent au-dessus des seuils d’alerte (MAS : 2,7 %, MAG : 14 ,8% en juin 2014, enquête nationale SMART), et une mortalité infantile élevée de 127 pour 1 000 (ministère de la […]

Le Niger est touché par une crise nutritionnelle et de santé persistante depuis 2005 avec des taux de malnutrition aiguë sévère (MAS) qui demeurent au-dessus des seuils d’alerte (MAS : 2,7 %, MAG : 14 ,8% en juin 2014, enquête nationale SMART), et une mortalité infantile élevée de 127 pour 1 000 (ministère de la santé 2012).

La fréquence et l’intensité des crises alimentaires et nutritionnelles ont augmenté, de même que les capacités de réponse du gouvernement du Niger (GoN), des ONG humanitaires et des agences des Nations Unies. En 2005, 100 000 enfants atteints de MAS avaient été traités. En 2014, ce nombre a atteint 365 000.

La combinaison saisonnière des pics de paludisme et de malnutrition entraîne chaque année une aggravation de l’état de santé des enfants qui s’accompagne d’une brusque hausse des admissions dans les centres de santé, d’une augmentation des hospitalisations pour des cas de malnutrition compliquées associées au paludisme, et une augmentation du taux de mortalité (MSF, Niger, 2013).

Alors que l’intensification de la prise en charge de la MAS au Niger a été un succès, elle rencontre des limites importantes :

  • L’augmentation continue des cas de MAS et le modèle actuel de prise en charge demandent des ressources qui ne pourront être maintenues dans la durée. Le Gouvernement et le Ministère de la Santé auront du mal à mobiliser les ressources humaines et financières nécessaires pour prendre en charge la MAS. La transition vers des programmes de développement reste peu probable avec le modèle existant.
  • L’accès aux soins pédiatriques de base n’a pas évolué aussi vite que l’accès aux soins pour la MAS. Beaucoup de cas de paludisme, IRA et diarrhée restent non traités par manque d’accès aux soins. Les programmes de nutrition et de santé ont des fonctionnements verticaux dans leur conception et leurs modes de financement.
  • Malgré leur impact démontré, les mesures de prévention les plus efficaces ne sont pas mises en place : les aliments nutritifs complémentaires adaptés pour les enfants de 6-23 mois ne sont pas disponible à une échelle suffisante et pour assez longtemps, la chimio-prévention saisonnière du paludisme saisonnier (SMC) est restée limitée, la couverture vaccinale reste insuffisante.

Face à ces besoins et aux défis qu’ils représentent, le ministère de la santé a engagé des efforts avec notamment la gratuité des soins pour les enfants de moins de cinq ans déclarée en 2006, ou l’introduction de nouveaux vaccins dans le PEV en 2013. La Stratégie Nationale de Prévention de la Malnutrition Chronique (MSP, sept 2013) prévoit de concentrer les efforts sur la promotion d’un paquet intégré d’interventions multisectorielles, ciblé sur les 1000 premiers jours de l’enfant, afin d’avoir un impact maximum sur leur santé à long terme et sur la réduction de la malnutrition.

L’initiative 3N « les Nigériens Nourrissent les Nigériens » doit aussi permettre d’améliorer la situation des familles les plus affectées par les crises nutritionnelles et alimentaires. Le Plan Stratégique de Lutte contre le Paludisme dont le but est de réduire la morbidité de 75% d’ici 2015, intègre au protocole national la Chimio-prophylaxie saisonnière (CPS) du paludisme en période de pic.

Ces orientations offrent des possibilités de réduction de la prévalence de la malnutrition et la mortalité si les capacités de réponse permettent de les mettre en œuvre. La réduction de la mortalité infantile qui a déjà diminué de 45%, passant de 226 à 128 décès pour 1 000 naissances vivantes de 1998 à 2008 (The Lancet, sept 2013), pourrait ainsi être poursuivie.

LES PROJETS ALIMA ET BEFEN AU NIGER

ALIMA et BEFEN (Bien-Etre de la femme et de l’Enfant au Niger) œuvrent en partenariat au Niger depuis 2009 pour la prise en charge de la malnutrition aigüe sévère et la réduction de la mortalité des enfants de moins de 5 ans. En 5 ans, ALIMA BEFEN sont devenus des acteurs majeurs de la prise en charge médicale. Ainsi en 2014, près de 11% de la prise en charge nutritionnelle au Niger sont effectuées par ALIMA et BEFEN (environ 46 000 enfants sur les 415 000 enfants pris en charge au Niger).

Les deux projets ont pour objectif la réduction de la mortalité infanto-juvénile en permettant la prise en charge de la MAS et des principales pathologies (paludismes, infections respiratoires, etc), et un accès aux soins de santé préventifs et curatifs pour les enfants de moins de 5 ans en intégration avec le système de santé et les politiques nationales du Niger.

ALIMA et BEFEN mènent actuellement 2 projets médicaux au Niger : dans le district de Mirriah (région de Zinder), et dans le district de Dakoro (région de Maradi).

BEFEN est une ONG médicale nationale fondée en 2002 par des médecins nigériens, qui s’est donné pour but d’améliorer la santé maternelle et infantile au Niger.

ALIMA et son partenaire BEFEN ont pour objectif de répondre à deux enjeux clés de la réduction de la mortalité infanto-juvénile au Niger :

  1. Garantir un accès à des soins de qualité pour un large nombre d’enfants de moins de 5 ans atteints de MAS et du paludisme à travers le renforcement du système de santé ciblé sur deux districts sanitaires parmi les plus touchés au Niger( Mirriah et Dakoro) ;
  2. Mettre en œuvre une nouvelle approche intégrée de la prise en charge pédiatrique centrée sur les mères combinant des actions préventives à fort impact telles que la chimio prévention saisonnière du paludisme (CPS) et des soins curatifs de qualité, faciles d’accès et de suivi pour les mères (carnets de santé, outils de diagnostic type PB par les mères). Ce modèle, fortement intégré aux politiques nationales et au système de santé, mais aussi conforme au Plan d’action humanitaire Sahel 2014, s’inscrit dans une stratégie ALIMA/BEFEN triennale (2014-2016) visant à réduire la malnutrition chronique, aigue et la mortalité de manière significative à moindre coût.

Formation d’une maman au dépistage de la malnutrition. Mirriah, Niger. ©EU/ECHO/Anouk Delafortrie

Ce programme implique un soutien en ressources humaines, en matériel, en équipement médical et en formation aux 26 Centres de réhabilitation nutritionnelle ambulatoire (CRENAS) et aux 2 Centres de réhabilitation nutritionnelle intensif (CRENI) des DS de Mirriah et Dakoro pour la prise en charge de la malnutrition. Dans ces structures spécialisées, soutenues par ALIMA et BEFEN, les enfants atteints de malnutrition aigüe bénéficient d’une prise en charge médico-nutritionnelle qui peut être accompagnée d’une hospitalisation lorsque la malnutrition est couplée d’un épisode de paludisme, ou lorsque l’enfant est sévèrement malnutri. Au terme de l’hospitalisation, les carences nutritionnelles et métaboliques de l’enfant sont corrigées. Un kit d’hygiène, quelques conseils du personnel médical, et des Aliments Thérapeutiques Prêts à l’Emploi (ATPE) sont remis à la mère afin qu’elle puisse continuer la prise en charge de la malnutrition à son domicile.