Vaccination : les défis et les bienfaits en Afrique de l’Ouest et Centrale

02-05-2018

En afrique subsaharienne, la lutte contre les maladies infectieuses est un défi majeur de santé publique. La vaccination reste l’une des armes plus efficaces pour combattre ces maladies, et préserver la santé des populations.

Nous avons parlé avec Dr Nafissa Dan-Bouzoua, référent médical pour les programmes d’ALIMA au Niger, au Cameroun, au Tchad et en République Démocratique du Congo, qui nous explique la situation en termes de vaccination dans nos pays d’intervention, et Dr Susan Shepherd, expert médical pour ALIMA, qui parle de l’importance de la vaccination pour la santé des patients, et le rôle que la recherche opérationnelle peut jouer sur le développement des vaccins et l’augmentation de la couverture vaccinale.

Quelle est l’importance des vaccins dans les pays où ALIMA intervient ?

Nafissa Dan-Bouzoua : ALIMA intervient principalement dans des zones d’Afrique de l’Ouest et Centrale où la plupart des maladies infectieuses, telles que la rougeole ou la méningite, sévissent de manière épidémique ou endémo épidémique. De plus, les activités d’ALIMA ciblent les groupes les plus vulnérables, c’est-à-dire les enfants et les femmes enceintes. La vaccination demeure un des moyens les plus efficaces pour se protéger des maladies infectieuses, mais pour la plupart,  les populations que nous soignons restent peu vaccinées.

Et comment cette situation s’explique-t-elle?

NDB: En Afrique de l’Ouest et Centrale, le problème d’accès aux centres de santé est une réalité. Même si la vaccination est gratuite dans la plupart des pays et si des stratégies avancés sont instaurées, il faut dire qu’il y a encore des zones géographiquement difficiles d’accès, ou isolées à cause de risques sécuritaires.

Par ailleurs, il faut parfois noter la non disponibilité des vaccins ou des moyens de conservation. Les systèmes de santé sont affaiblis par un manque de ressources humaines, qui sont surchargées par des tâches multiples.

Comment faire pour améliorer la couverture à travers la recherche?

Susan Shepherd: Étant donné les difficultés que nous rencontrons pour fournir des soins de qualité dans les contextes où nous travaillons, en Afrique de l’Ouest et Centrale, la prévention est encore plus importante que dans les régions où les services de santé sont bons. On se retrouve donc confrontés à un grand dilemme. Les équipes de recherche, qui veulent contrôler un maximum de circonstances – ce qui se comprend, ont tendance à travailler dans des pays comme le Ghana, qui ont un système de santé relativement solide et peu de problèmes de sécurité.  

C’est très bien pour le Ghana, mais il ne faudrait pas exclure d’office les pays avec des systèmes de santé plus faibles de participer à ces études d’opérationnalisation, parce que c’est précisément là où ça va apporter le plus de bénéfices. Je dirais que la République Démocratique du Congo et la Guinée sont deux contextes exemplaires où je pense que c’est possible.

NDB: Non seulement faut-il rendre disponibles les vaccins, mais il faut aussi améliorer les moyens de conservation. Une stratégie très efficace est le couplage des activités, c’est à dire profiter de tout rassemblement pour vacciner la population. Par exemple, les équipes d’ALIMA profitent des campagnes de distribution alimentaires ou de dépistage de la malnutrition pour mener une campagne de vaccination.

Quel est l’impact des vaccins dans les pays où ALIMA intervient?

NDB: Les vaccins protègent contre des maladies qui peuvent avoir de graves conséquences et pouvant entraîner la mort.

SS: Cela me fait penser au programme 1000 jours, programme de prise en charge des femmes enceintes et de leurs enfants, dans lequel nous introduisons, avec une approche intégrée, la vaccination de routine. Dans les zones où nous mettons en place ce programme, le nombre d’enfants ayant reçu tous leurs vaccins dépasse les 80%, ce qui correspond à un taux de vaccination parmi les plus importants sur le continent africain.

C’est un cercle vertueux : l’enfant est protégé, donc il est moins malade, il est moins touché par les maladies infectieuses. Et en plus, dans le cadre du programme 1000 jours, il a une diète enrichie. Il est donc beaucoup moins susceptible aux épisodes de malnutrition aiguë.

Pour finir, est-ce qu’il y a quelque chose dont on ne parle pas assez en ce qui concerne la vaccination?

SS: La dernière idée que j’aimerais évoquer, c’est qu’on est constamment dans la vaccination, la vaccination de routine, le programme élargi de vaccination,. mais il y a relativement peu d’initiatives qui cherchent à être plus créatives sur comment on peut atteindre les enfants.

Le programme 1000 jours, c’est juste un moyen d’augmenter le nombre d’occasions de vacciner. Mais il y a très très peu de recherche opérationnelle qui vise justement à augmenter les opportunités de vaccination, que ce soit en cherchant plus d’opportunités de contact, ou en rendant les vaccins plus utiles.

Le gaspillage des vaccins est un autre des problèmes que nous rencontrons. Généralement une soignant n’ouvrira un flacon que s’il est sûr d’utiliser plus de la moitié des doses. Par exemple, le vaccin contre la rougeole, c’est un flacon de dix doses. Ça veut dire que le vaccinateur n’ouvre pas le flacon s’il n’a pas 5 enfants à vacciner devant lui. L’innovation ça peut être quelque chose d’aussi simple que de faire des flacons plus petits.

C’est ce type de recherche pratique, qui intègre des idées simples, qui pourrait augmenter le nombre d’enfants qui sont vaccinés complètement et à temps.


ALIMA (The Alliance For International Medical Action) est une organisation humanitaire médicale qui vise à fournir une assistance aux populations dans des situations d’urgence telles que des épidémies, des conflits ou des catastrophes naturelles. Basée à Dakar, au Sénégal, ALIMA a traité plus de 3 millions de patients dans 12 pays depuis sa création en 2009 et a lancé 10 projets de recherche axés sur la malnutrition, le paludisme et Ebola.

En 2017, ALIMA a fait des vaccination de routine pour plus de 100 000 enfants au Mali, au Niger, au Cameroun, en République Centrafricaine, en République Démocratique du Congo et au Tchad contre des maladies telles que la rougeole, la méningite, la polio et le tétanos. En 2017, ALIMA a répondu à une épidémie de rougeole en Guinée en travaillant avec le ministère de la Santé pour lancer une campagne de vaccination d’urgence dans la région de N’Zérékoré dans le sud-est du pays, qui a atteint plus de 148 000 enfants. Au Nigéria, nous avons mené un campagne de vaccination contre la méningite et la rougeole, où plus de 96 000 enfants ont été vaccinés contre la méningite et plus de 35 000 contre la rougeole.


Photo : Nick Loomis / ALIMA

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