Au Niger, malgré les défis, ALIMA fait avancer la recherche sur la malnutrition

08-08-2022

En 2021, ALIMA a mené une étude clinique au Niger, dans la région de Zinder, pour comparer une nouvelle façon de soigner les enfants malnutris à d’autres approches. Un travail minutieux et éprouvant dans cette zone frontalière avec le Nigeria, où les équipes ont dû relever de nombreux défis pour produire une étude de qualité.

Une étude clinique (ou essai clinique), qu’est-ce que c’est ? Il s’agit de la méthode scientifique la plus rigoureuse pour apporter des évidences scientifiques. Elle permet, par exemple, de prouver qu’un traitement fonctionne mieux ou moins bien qu’un autre. La solidité de ses résultats repose sur une collecte des données précise.

ALIMA (the Alliance for International Medical Action) a pourtant lancé une telle étude sur la malnutrition au Niger, dans une région frontalière avec le Nigéria, connue pour sa situation humanitaire et sécuritaire difficile. « Il est vrai que de tels essais demandent beaucoup d’exigence de qualité et cela reste un challenge dans un tel contexte », concède Maguy Daures, épidémiologiste et cheffe de projet scientifique pour OptiMA au Niger. Maguy est basée à l’Inserm, à Bordeaux, partenaire de recherche d’ALIMA depuis 2016.

L’espoir de sauver toujours plus de vies

Pour ALIMA , relever ce genre de défis, c’est essentiel, car participer à la recherche, c’est aussi participer au progrès médical. Et dans ces contextes humanitaires particulièrement fragiles, c’est une source d’espoir, celui de sauver toujours plus de vies. L’espoir porté par le projet de recherche OptiMA (Optimiser la prise en charge de la Malnutrition Aiguë) est de taille : dépister et soigner précocement les enfants souffrant de malnutrition aiguë de manière plus efficiente, afin de réduire la mortalité liée à ce fléau.

Alors, les équipes ont relevé leurs manches et ont affronté chaque obstacle avec détermination. D’abord, il a fallu faire preuve de patience. Comme dans toutes les études cliniques de cette ampleur, il faut compter une longue phase préparatoire (environ un an), où une équipe constituée de chercheurs et de médecins doit « formuler la question de recherche, écrire un protocole détaillé, le faire valider par plusieurs comités éthiques, etc. », énumère l’épidémiologiste.

Ensuite, la question de la communication auprès des populations a été cruciale. En effet, afin de faire adhérer le maximum de personnes au projet, il était très important de discuter avec les chefs de village. Une communication juste et précise, avec la définition de messages clairs accessibles à la communauté, permet d’éviter des rumeurs défavorables à l’étude. Ainsi, plus de 200 chefs de village ont été sensibilisés en langue locale.

Une exigence de qualité inédite

La formation du personnel médical nigérien a également été un enjeu important. Puisque le pays manque de personnel aux compétences techniques spécialisées pour cette étude, il a fallu recruter et former une équipe complète. « Nous n’avons pas l’habitude des essais cliniques au Niger car c’est coûteux, donc personne ici n’a l’expérience », explique le Dr Jérémie Hien, chef de projet OptiMA au Niger. « On a dû former les équipes locales pour qu’elles s’habituent aux outils de collecte très minutieux et rigoureux et qu’elles deviennent compétentes pour la recherche. C’est la marque de fabrique d’ALIMA de travailler avec les agents nationaux mais il était essentiel de récolter des données de haute qualité, donc la charge était lourde. »

La gestion des stocks a été une autre problématique, d’ordre logistique cette fois. La pâte alimentaire thérapeutique (appelée dans le jargon “aliment thérapeutique prêt à l’emploi” ou ATPE), utilisée tout au long de l’étude, manquait dans le pays avant même le début de l’étude. Malheureusement, le Niger est souvent confronté à des ruptures de stocks et cet essai n’a pas été épargné. Le lancement du projet a dû être retardé. La disponibilité de ce produit phare tout au long de l’étude a été un élément de préoccupation constant car une rupture aurait faussé la collecte et mis à mal l’ensemble du travail.

S’adapter, innover et avancer

Sur un terrain sans internet, avec beaucoup de sable, de poussière et des déplacements à moto entre les villages, il a fallu innover et adapter les outils de collecte. Des tablettes résistantes et des logiciels très simples d’emploi ont été développés en partenariat avec des chercheurs du centre de recherche PAC-CI, à Abidjan. Le suivi des 2 303 enfants inclus dans l’étude a donc été particulièrement compliqué. Plus de 100 relais communautaires ont été recrutés et formés afin d’identifier les abandons ou les absents pour les motiver à revenir dans le suivi.

Du point de vue sécuritaire, là aussi, il a fallu s’adapter. La zone où s’est déroulé l’essai n’était pas accessible aux experts de Bordeaux. Un élément de déception pour les équipes investies : « J’étais frustrée d’avoir participé à la mise en place d’un essai sans pouvoir venir l’implémenter et l’évaluer, témoigne Maguy. Tout a été fait à distance. C’est la première fois qu’on a un essai clinique d’une telle ampleur sans pouvoir y aller et si le contexte s’était détérioré on aurait dû tout arrêter. » Heureusement, la situation, bien que tendue par moments (période électorale) n’a pas empêché le bon déroulement de l’étude.

Malgré tout, les équipes d’ALIMA n’ont pas baissé les bras. Parce qu’il est crucial qu’aucune population ne soit laissée pour compte, quel que soit le contexte où elle se trouve, les équipes ont su s’adapter, innover et avancer. La collecte des données est terminée depuis la fin du mois de juin 2022. Elles sont maintenant analysées par les scientifiques de l’INSERM de Bordeaux pour une publication des résultats prévue en 2023.

 

Crédit photo © Alexandre Bonneau / ALIMA

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