A l’écoute des personnes déplacées

Photoreportage dans le district sanitaire de Liwa, au Tchad

Présente au Tchad depuis 2012, ALIMA intervient en partenariat avec l’ONG tchadienne Alerte Santé. A Liwa, sous-préfecture de la région du Lac Tchad, les équipes apportent des services de santé aux populations déplacées. Des consultations médicales gratuites sont ainsi réalisées, pour les enfants comme pour les adultes. Les femmes bénéficient de consultations prénatales et leurs accouchements sont assistés par du personnel médical qualifié.

Découvrez ci-dessous, à travers leurs témoignages, les parcours des personnes soignées par nos équipes.

L’histoire de Manie

« J’ai 30 ans. Je suis veuve. Mon mari a été tué à Boma près de la frontière avec le Nigéria. C’était en 2020… »

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Hôpital de district de Liwa, au Tchad. © Daniel Beloumou / ALIMA

« Depuis le décès de mon mari, j’ai quitté le village dans lequel nous habitions, j’ai abandonné tous nos biens, nos terres, pour rentrer vivre chez mes parents à Digou avec mes 5 enfants. Je suis ici depuis hier car Mata MADOU, mon dernier enfant, est malade. Depuis quelques jours, il perd du poids au quotidien. Hier, ALIMA était dans notre village, et j’ai expliqué mon problème à l’équipe médicale. C’est elle qui a décidé de m’envoyer ici, à Liwa. Un véhicule d’ALIMA nous a transporté de Digou à Liwa. Dès notre arrivée, nous avons été pris en charge, puis, j’ai été admise dans ce service avec mon enfant. »

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Hôpital de district de Liwa, au Tchad. © Daniel Beloumou / ALIMA

« Le service où nous sommes s’appelle l’UNT [Unité Nutritionnelle Thérapeutique]. Ici, mon enfant reçoit du lait toutes les 3 heures. Depuis mon arrivée je n’ai pas dépensé le moindre centime. Je suis reconnaissante car je n’ai pas les moyens pour nourrir mes enfants, et encore moins pour payer le transport en moto de Digou jusqu’ici. C’est ma première fois ici à Liwa. Je ne sais pas jusqu’à quand nous resterons ici mais mon seul souhait, c’est que mon enfant guérisse. ALIMA a promis de nous ramener à Digou lorsque tout ça sera fini. Ainsi je pourrai retrouver mes autres enfants et mes parents », témoigne Manie Kablou.

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Site de Médirom, district sanitaire de Liwa au Tchad. © Daniel Beloumou / ALIMA

L’histoire de Baba

« Je suis mariée depuis 13 ans et je suis mère de 3 enfants. »

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Site de Médirom, district sanitaire de Liwa au Tchad. © Daniel Beloumou / ALIMA

« Je suis née à Médirom, c’est là que j’ai grandi, que je me suis mariée et que nous vivons mon mari, moi, ma petite sœur et nos 3 enfants. A la maison nous sommes 6. Ma petite sœur m’aide régulièrement pour les travaux à la maison et pour garder les enfants. Les jours d’école pour ma petite sœur, je reste à la maison avec les enfants.

Ce matin, je suis allée à la clinique mobile ALIMA avec mes jumeaux car ils sont malades. Cela fait déjà 2 semaines. Je n’aime pas rester sans activité.

J’ai un petit champ dans lequel je cultive actuellement du gombo mais cela fait plus de 2 semaines que je n’y suis pas allée car je devais m’occuper des jumeaux. Ma petite sœur Yande KANAYE ne pouvait pas le faire, elle n’est âgée que de 11 ans. Actuellement, mon mari n’est pas à la maison, il se rend régulièrement près des îles pour trouver du travail et gagner un peu d’argent. »

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Site de Médirom, district sanitaire de Liwa au Tchad. © Daniel Beloumou / ALIMA

« Les médecins nous ont reçus ce matin. Selon eux, les jumeaux doivent manger beaucoup plus, mais ce n’est pas possible, car je n’ai pas de quoi nourrir ma famille tous les jours.

Ce matin, j’ai reçu des sachets de Plumpy’Nut [aliment nutritionnel]. Je leur donnerai pour les semaines à venir. Je devrai me laver les mains et leur donner à boire avant de les nourrir. De plus, un des jumeaux est épileptique… Il fait régulièrement des crises.

Cette clinique mobile nous aide énormément. L’équipe de médecins nous écoute et tout le monde est pris en charge. Tous les soins sont gratuits, je n’ai jamais payé en venant ici. Ce matin avant de me rendre à la clinique mobile avec les jumeaux, j’ai fait à manger puis j’ai confié la garde de mon troisième enfant à ma petite sœur Yande. Tout à l’heure, j’irai à la fontaine chercher de l’eau pendant que ma petite sœur Yande restera avec les enfants à la maison. Yande se rend à l’école coranique les jours de classe, mais elle souhaiterait faire l’école occidentale. Cela n’est pas possible car sur le site de Médirom, une telle école n’existe pas encore », témoigne Baba Moussa.

L’histoire de Kandé

« J’ai 58 ans. Je suis mariée et mère de 10 enfants. Nous vivions à Farguemi avec mon mari et nos enfants, mais nous avons dû fuir ce village à cause des groupes armés [non étatiques] »

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Camp de personnes réfugiées internes de Fendé, au Tchad. © Daniel Beloumou/ALIMA

« Je suis née à Kolgouma. C’est là-bas que j’ai grandi, mais après le mariage, je me suis installée à Farguemi avec mon mari. Cela fait maintenant 6 ans que nous vivons ici à Fendé.

Ici à Fendé, nous n’avons plus grand-chose et j’ai dû recueillir certains de mes petits-enfants. Ils vivent désormais avec nous. Nous sommes en sécurité mais nous avons tout perdu.

Les relais communautaires passent régulièrement dans nos maisons afin de nous sensibiliser sur beaucoup de choses telles que l’importance de se laver les mains après être allé aux toilettes. J’ai des petits-enfants en bas-âge… je dois me laver les mains avant de leur donner à manger. Il y a certains aliments qui sont bons pour la femme enceinte aussi. Nous avons déjà eu recours aux consultations et reçu des médicaments. Ce qui est incroyable, c’est que tout ceci était gratuit » , témoigne Kandé Borom.

L’histoire d’Assida

« Je suis venue au centre de santé d’Amma car ma fille Falmata Mbokoye, âgée d’un an, est malade depuis trois jours. Elle a de la diarrhée. »

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Centre de santé d’Amma, au Tchad. © Daniel Beloumou / ALIMA

« J’ai 26 ans. Je suis mariée et j’ai 3 enfants. Je suis originaire de Bohoma. C’est là-bas que je suis née et que j’ai grandi, mais actuellement, je vis sur le site d’Amma. Cela fait 2 ans que nous sommes à Amma. Nous faisons partie de la deuxième vague de déplacés internes à être venus nous installer à Amma.

Avant, à Bohoma, je cultivais des champs de mil, mais ici, je n’ai pas de terres. Impossible de cultiver. Il m’arrive parfois d’aller aider des femmes d’Amma dans leur champ.
A notre arrivée, les relais communautaires nous ont parlé de ce centre de santé d’ALIMA/Alerte Santé, où tout le monde est pris en charge gratuitement.

Ce n’est pas la première fois que je viens au centre de santé. A chaque fois les docteurs s’occupent bien de nous et je n’ai jamais payé pour les soins ou pour les médicaments. Les médecins ont dit que mon enfant ne mangeait pas suffisamment qu’il est malnutri. »

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Centre de santé d’Amma, au Tchad. © Daniel Beloumou / ALIMA

« Tout à l’heure j’ai reçu des sachets de Plumpy’Nut [aliments nutritionnels] à donner à mon enfant, et des médicaments pour une semaine. Je dois lui en donner 2 par jour, un le matin et l’autre le soir. Ma fille devra aussi boire de l’eau. Le problème, c’est que l’eau que nous buvons et donnons aux enfants n’est pas bonne. Souvent Falmata fait de la diarrhée et perd du poids.

J’aimerais vraiment que la situation dans notre village s’arrange, car vivre ici, c’est très difficile. Si tout s’arrange alors je rentrerai vivre à Bohoma, dans mon village », témoigne Assida Maroukare.

L’histoire de Kanaye

« Je suis originaire de Bohoma. Je suis père de 20 enfants. Dans mon ancienne vie, j’étais pêcheur et agriculteur. Là-bas à Bohoma nous vivions bien, je ne manquais de rien… »

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Site d’Amma, au Tchad. © Daniel Beloumou / ALIMA

« La première attaque dans notre village remonte à il y a 7 ans. Des membres d’un groupe armé sont venus dans notre village et ont attaqué les habitants. Nous avons pris la fuite, avant de revenir, quelques jours plus tard. Certaines personnes avaient décidé de quitter le village, mais j’ai décidé de rester, et ce, malgré l’insécurité. La vie n’était plus la même, et on a commencé à se faire attaquer régulièrement, malgré la présence d’un camp militaire situé près du village.

Sur une période de 7 ans, plus de 60 personnes de ma communauté ont été tuées. Parmi elles, des oncles, des frères, des cousins, des tantes. Il y a 2 ans, le camp militaire situé près de notre village a été attaqué, puis, c’est notre village qui a subi une attaque et 20 personnes ont été gravement blessées et 5 personnes sont décédées des suites des blessures. C’est après cette attaque que j’ai décidé de quitter le village, afin de mettre ma famille en sécurité. Le village s’est quasiment vidé. Ma famille et moi vivons ici depuis 2 ans. Nous faisons partie de la seconde vague de déplacés internes arrivés sur le site d’Amma. Nous vivons en sécurité ici à Amma, mais nous n’avons rien.

Pour nourrir ma famille, je dépends entièrement des dons, des ONGs. Je n’ai rien, j’ai tout abandonné en quittant Bohoma. Avant j’étais pêcheur et éleveur… Il sera difficile de faire de la pêche ici mais j’aimerai bien recommencer mon activité en tant qu’agriculteur. Pour cela, il me faut un peu d’argent..

Tout le monde connaît ALIMA ici, et ceci grâce au travail des relais communautaires. Ma famille vient souvent se faire consulter et soigner ici. Nous sommes nombreux à vivre ici sur le site. Si nous pouvions agrandir le site, je pense que cela serait une très bonne chose », témoigne Kanaye Mboh, déplacé et habitant sur le site d’Amma.

L’histoire de Kaly

« Je suis mariée et je suis la maman de 7 enfants. Je suis originaire de Mamérom, mais cela fait déjà 7 ans que nous vivons ici au camp de réfugiés de Fendé. Nous avons dû fuir Mamérom car nous n’étions plus en sécurité là-bas. »

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Camp de personnes réfugiées internes de Fendé, au Tchad. © Daniel Beloumou/ALIMA

« Les relais communautaires sont venus vers moi afin de me parler de l’existence de ce programme. Je n’ai pas les moyens nécessaires pour payer les soins de mes enfants, alors, nous faisons appel aux relais lorsqu’il y a un problème.

J’ai aussi des enfants qui sont encore tout petits, alors je mesure souvent leur bras avec les bracelets PB-mères donnés par ALIMA. Ça me permet de voir si mon enfant souffre de malnutrition » , témoigne Kaly Abdou.

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Camp de personnes réfugiées internes de Fendé, au Tchad. © Daniel Beloumou/ALIMA

L’histoire de Bamby

« J’ai 40 ans, je suis mariée et mère de 7 enfants. Cela fait 7 ans que nous avons quitté notre ancien village, Madiguerom, pour venir nous installer ici à Fendé. »

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Camp de réfugiés internes de Fendé, au Tchad. © Daniel Beloumou/ALIMA

« Nous vivions en communauté là-bas, certains de mes frères et sœurs vivaient avec nous, y compris mes parents. Malheureusement, nous ne pouvons plus rester là-bas à cause du danger que font régner les hommes de groupes armés (non étatiques). Alors, nous avons décidé de fuir.

Mon mari et moi avions des champs pour cultiver du mil, du gombo etc., ici la vie est très compliquée. Les relais communautaires passent régulièrement pour nous sensibiliser. Il m’est déjà arrivé de faire appel à eux afin de soigner mes enfants. Grâce aux conseils et aux enseignements, je suis capable d’identifier la perte de poids de mes enfants grâce au bracelet tricolore PB-mères. Il me permet de voir si mon enfant souffre de malnutrition. Si c’est le cas, je peux l’amener pour qu’il reçoive des soins. Mardi dernier, ma fille et moi avons reçu des médicaments et nous continuons à suivre un traitement », témoigne Bamby Tchari.

L’histoire d’Achta Hawa

« J’ai 22 ans, je suis mariée et mère de 2 enfants. Je suis arrivée ici, à l’unité de soins intensifs de l’hôpital de district de Liwa, il y a 4 jours, grâce à ALIMA. J’ai été admise dans ce service car j’ai accouché à la maison, et que mon enfant est né prématuré, à 7 mois. »

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Hôpital de district de Liwa, au Tchad. © Daniel Beloumou/ALIMA

« Je suis originaire de Digou, j’ai plusieurs fois été consultée après la grossesse mais l’accouchement s’est déclenché avant le terme. Je ne pensais pas accoucher si tôt, et surtout pas à la maison, mais c’est arrivé et aujourd’hui je ne peux plus rien changer. Ici, les médecins s’occupent bien de l’enfant et je suis nourrie depuis mon arrivée. Mon mari est cultivateur, il est resté avec notre autre enfant », raconte Achta Hawa Mahamat.

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Liwa au Tchad. © Daniel Beloumou / ALIMA

Ce projet a reçu le soutien financier de l’Union Européenne (ECHO) et du peuple américain (USAID). Copyrights pour les photographies : © Daniel Beloumou / ALIMA