Dans les camps de Port-au-Prince, l’accès aux soins reste un défi majeur pour les déplacés

À Port-au-Prince, grâce à ses cliniques mobiles et son fort réseau d’agents communautaires, ALIMA redonne aux populations déplacées un accès régulier aux soins, longtemps resté impossible.

Chaque semaine, les équipes médicales et logistiques s’installent sous des tentes, transforment des espaces précaires en lieux de consultation, et accueillent des femmes enceintes, des enfants malades, des personnes âgées ou traumatisées par des années de violence.

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Insécurité généralisée, effondrement des services essentiels et déplacements massifs de populations… Haïti traverse une crise humanitaire profonde. La violence liée aux affrontements armés, notamment à Port-au-Prince et à Delmas, prive des milliers de personnes d’un accès aux soins de santé, à l’eau potable et à la nourriture.

Les structures sanitaires, déjà sous pression, peinent à répondre aux besoins croissants, tandis que les communautés vulnérables font face à une précarité accrue. 

« Ici, c’est ALIMA qui nous soigne »

Marie Carline vit dans le site de personnes déplacées de Mormon depuis trois ans, après avoir fui les attaques armées de son quartier, Carrefour-Feuilles. Elle y élève trois enfants, dont un en situation de handicap. 

Le quotidien est très précaire. « Quand il pleut, on ne peut pas dormir. Il y a beaucoup de maladies. Ici, c’est ALIMA qui nous soigne », explique-t-elle.

Avant de rencontrer les soignants d’ALIMA, sa santé se dégradait considérablement : Marie Carline souffre d’hypertension.

« J’étais toujours en colère, toujours malade. Ils [les équipes d’ALIMA] m’ont permis de voir un psychologue, ils m’ont donné des médicaments et cela fait effet. Maintenant, je vais mieux », témoigne Marie Carline, visiblement soulagée.

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Un soutien médical et humain

Pour elle, les visites régulières de la clinique mobile représentent bien plus que la promesse d’un traitement médical, c’est un soutien moral crucial. « J’aimerais qu’ALIMA reste toujours avec nous, pour que les gens puissent continuer à se soigner. Ils reçoivent les patients avec respect. C’est très important. »

Comme Marie Carline, Esterline a tout perdu en fuyant son quartier d’origine. Ancienne commerçante à Carrefour-Feuilles, elle vit aujourd’hui sous une tente avec ses enfants. « J’ai une maison, mais nous ne pouvons plus y être. Maintenant, nous dormons ici, à la belle étoile. Des fois, les balles tombent près de nous », raconte-t-elle.

Enceinte et abandonnée par le père de son enfant, elle trouve auprès d’ALIMA un soutien qu’elle n’attendait plus. « Ils ne m’ont pas seulement soignée. Ils m’ont donné la force de continuer ma grossesse. Ils ont été un soutien psychologique en plus de m’accompagner médicalement », se rappelle Esterline.

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« Les médecins nous donnent une attention qu’on ne trouve même pas toujours dans les hôpitaux payants », se réjouit-elle. « N’arrêtez jamais de donner de l’attention aux personnes déplacées », conclut la jeune mère.

Comme Marie Carline et Esterline, plus de 1,2 million de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays.

Les agents communautaires, trait d’union essentiel

Si ALIMA parvient à atteindre autant de personnes dans ces sites difficiles d’accès, c’est aussi grâce à son équipe de promotion de la santé. Marc Deverson Beauvoir, superviseur communautaire, coordonne le travail des agents présents dans plusieurs sites et quartiers populaires.

« Nous sommes les yeux, les oreilles et la voix d’ALIMA dans les communautés », explique-t-il.

Les agents identifient les personnes les plus vulnérables, sensibilisent les familles, orientent les femmes enceintes, suivent les patients chroniques et signalent les urgences médicales. « Sans ce lien, beaucoup de besoins resteraient invisibles. Ce sont eux qui nous disent où intervenir, quand une famille est en danger, quand un enfant est gravement malade », poursuit-il.

Il se souvient notamment d’une intervention nocturne à Cité Soleil. « Une famille nous a signalé une femme enceinte en grande détresse. Nous avons immédiatement pu appeler une ambulance. La mère et l’enfant ont été sauvés », se souvient le travailleur humanitaire.

Le passage des équipes d’ALIMA, synonyme de stabilité 

Dans les sites, l’arrivée des équipes médicales est attendue. Pour les personnes déplacées dont le quotidien est dominé par l’incertitude, cette régularité est une forme de stabilité.

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À Mormon comme dans beaucoup d’autres sites accueillant des personnes déplacées internes, ALIMA ne se contente pas de soigner ; les soignants écoutent, accompagnent, orientent et rassurent. Une proximité patiemment construite, essentielle pour établir la confiance dans un environnement marqué par la peur, la précarité et les violences.

Les équipes ont réussi, grâce à un grand travail communautaire, à redonner l’accès aux soins à des dizaines de milliers de personnes déplacées internes. Des cliniques mobiles et des équipes médicales sont déployées dans 17 sites de relocalisation et, dans les zones surpeuplées de la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Plus de 36.000 personnes ont été prises en charge en consultation ambulatoire par les équipes médicales. Parmi elles, plus de 3.500 étaient des femmes enceintes, dont le suivi était essentiel.

Grâce au soutien financier de l’Union Européenne (ECHO) et en collaboration avec le ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP), ALIMA est aujourd’hui un acteur clé de la santé au plus près des populations qui en sont souvent privées.

Crédits Photos : © Woo-Jerry Mathurin / ALIMA