Elle accouche enfin sans complication : l’histoire d’Ahew, un symbole à Aweil, au Soudan du Sud

Au centre de santé de Maper, dans le nord du Soudan du Sud, l’arrivée d’ALIMA, en partenariat avec MSF-France, a transformé les soins destinés aux femmes enceintes.

Elles s’appellent Ahew, Ahok, Adut, Acho, Akut, et toutes, comme des milliers d’autres, portent le lourd fardeau de la grossesse. Il est particulièrement lourd à Aweil, dans le Northern Bahr el Ghazal, au nord du Soudan du Sud.

Une naissance qui change tout

Le 12 septembre 2025 est un jour qu’Ahew n’oubliera jamais. Ce jour-là, cette mère de 32 ans du village de Warkuac, dans le comté d’Aweil Nord, a donné naissance à une petite fille en bonne santé au centre de santé de Maper, soutenu par ALIMA.

Ce n’était pas un accouchement ordinaire : pour la première fois de sa vie, Ahew a donné naissance sans intervention médicale majeure. Ses quatre enfants précédents étaient tous nés par aspiration manuelle par le vide (AMV) à l’hôpital d’Aweil, après des complications répétées. « Je n’aurais jamais pensé pouvoir accoucher naturellement », a-t-elle confié à Jackson, le coordinateur des activités infirmières d’ALIMA à Aweil.

Pour chacun de leurs quatre premiers enfants, dès les premières contractions, Ahew et son mari ont du marcher pendant plus de deux heures pour se rendre au seul établissement de santé fonctionnel à des dizaines de kilomètres à la ronde : l’hôpital d’Aweil, soutenu par MSF-France. Une femme à terme, marchant des heures pour accéder aux soins.

Le 12 septembre, ils pensaient devoir refaire le même trajet quand ils ont appris qu’une maternité venait d’ouvrir au centre de santé primaire (CSP) de Maper, à quelques kilomètres. ALIMA, en partenariat avec MSF-France, venait d’achever la réhabilitation du centre et de son équipement. Tout était prêt.

Malgré les doutes de son mari, Ahew a insisté : « Je veux accoucher à Maper. »

Quatre heures après son admission, grâce aux soins attentifs d’Elizabeth, la sage-femme de garde à Maper, Ahew a accouché naturellement, sans intervention. Émus, les parents ont décidé de nommer leur fille Alima, en hommage à l’équipe qui a rendu ce moment possible.

« ALIMA nous a redonné confiance. Ma fille porte ce nom pour que nous n’oubliions jamais ce jour.»

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Ahew et sa fille Alima, avec Elizabeth, la sage-femme de Maper qui a assisté Ahew lors de son cinquième accouchement. Ahew et Alima se trouvent au centre de santé primaire (CSP) de Maper pour les soins postnataux. CSP de Maper, Aweil, Northern Bahr el Ghazal, Soudan du Sud. Octobre 2025 © ALIMA

Quand les femmes ont enfin accès à des soins de qualité de proximité

En septembre 2025, les équipes d’ALIMA et les agents de santé locaux ont rouvert deux centres de santé primaire avec maternité, fermés depuis des mois, privant des milliers de femmes de soins à proximité. Une situation qui coûte des vies chaque année, surtout pendant la saison des pluies (juillet-novembre).

Le Dr Molong, Directeur général du ministère de la Santé de l’État du Northern Bahr el Ghazal, explique : « Nous avons vu plusieurs femmes enceintes perdre la vie à cause du mauvais état des routes, de l’insuffisance des infrastructures sanitaires, des lacunes dans les programmes de santé. Ce sont des mères qui n’auraient pas dû mourir, mais qui ont perdu la vie en raison de la situation sanitaire générale dans le pays et dans l’État. »

Pour garantir des soins de haute qualité, les sages-femmes locales ont bénéficié d’une formation pour gérer les accouchements simples, détecter précocement les complications et organiser le transfert des cas complexes vers l’hôpital d’Aweil.

De septembre à novembre, plus de 700 femmes comme Ahew ont accouché normalement dans les deux CSP soutenus par ALIMA, assistées par un personnel qualifié.

ALIMA ne se limite pas aux accouchements : toute la chaine de la santé maternelle et néonatale est assurée, incluant les soins prénatals, les soins postnatals pour les mères et les nouveau-nés (vaccinations, soutien à l’allaitement, prévention et contrôle des infections), ainsi que la sensibilisation par les agents de santé communautaires pour encourager les femmes à accoucher en établissement de santé. En deux mois, plus de 3 000 femmes ont bénéficié de soins prénatals.

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Lorsque les mères arrivent au centre de santé primaire (CSP), elles sont d’abord enregistrées, puis différents tests sont effectués : glycémie, anémie, VIH, paludisme, et autres. Ensuite, elles consultent une sage-femme et reçoivent les médicaments prescrits. CSP de Maper, Aweil, Northern Bahr el Ghazal, Soudan du Sud. Octobre 2025 © ALIMA

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Lydia, sage-femme à Maper pour ALIMA, effectue une consultation prénatale avec Ahok, 26 ans et enceinte de cinq mois. Elle est venue en raison de fortes douleurs abdominales. Il s’agit de sa cinquième grossesse. Malheureusement, son premier enfant est décédé avant d’avoir atteint l’âge d’un an. CSP de Maper, Aweil, Northern Bahr el Ghazal, Soudan du Sud. Octobre 2025 © ALIMA

Un contexte particulièrement alarmant

Le Soudan du Sud reste l’un des pays les plus dangereux au monde pour donner naissance. Selon l’Organisation mondiale de la santé, le pays enregistre plus de 1 150 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes, l’un des taux les plus élevés au monde. Les principales causes – hémorragie, infection, éclampsie – sont toutes évitables lorsque des soins obstétricaux de qualité sont accessibles.

Dans le Northern Bahr el Ghazal, les inondations récurrentes aggravent la situation : les routes sont coupées, l’insécurité alimentaire augmente à cause des pertes de récoltes, et la malnutrition touche les femmes enceintes et allaitantes. Dans ce contexte, chaque naissance réussie sans complication est une victoire collective.

 « Nous voulons que chaque mère vive ce que j’ai vécu », a déclaré Ahew, tenant la petite Alima Garang dans ses bras, le premier nouveau-né enregistré au centre dans le cadre du programme BEmONC d’ALIMA.

Aujourd’hui, la demande dépasse largement les capacités actuelles. 

Le Dr Bing, coordinateur médical d’ALIMA au Soudan du Sud, explique : « Actuellement, nous travaillons d’arrache-pied pour gérer la situation. Mais trop de femmes et d’enfants sont déjà gravement malades quand ils arrivent chez nous. Souvent, ils reçoivent les soins trop tardivement. Par exemple, nous pensons que le renforcement communautaire impliquant les agents de santé, comme les accoucheuses traditionnelles, permettra un suivi local des femmes enceintes et encouragera des accouchements sans risque dans les maternités soutenues par ALIMA. Certains besoins fondamentaux nécessitent le soutien des bailleurs de fonds internationaux. » Sans financement durable, les services vitaux et gratuits offerts par ALIMA risquent de ne pas pouvoir continuer.