“Je me sens plus forte” : le parcours d’une mère déplacée au Burkina Faso

Déplacée interne après avoir perdu son mari et son fils, Zenabo tente de se reconstruire à Bouro, dans le nord du Burkina Faso. Grâce au soutien psychologique proposé au poste de santé avancé de l’Alliance ALIMA-KEOOGO-SOS MEDECINS BF, elle retrouve peu à peu sommeil, apaisement et espoir.

Zenabo, une mère qui se relève malgré tout

À Bouro, dans le Yadega du Burkina Faso, Ouedraogo Zenabo s’entretient avec un agent de santé mentale de l’Alliance ALIMA-KEOOGOSOS MEDECINS BF lors d’une consultation individuelle. Déplacée interne, elle tente de se reconstruire après avoir tout perdu. Avant la crise, elle vivait à Titao, entourée de son mari et de leurs huit enfants. Une vie simple, rythmée par les travaux de champs et la chaleur familiale, jusqu’à ce jour où la violence a tout balayé.

« Ce jour-là, j’ai tout perdu : mon mari, mon fils. J’ai perdu mes repères. »

Fuyant les attaques, Zenabo a marché pendant deux jours, avec ses enfants et ses parents, avant de rejoindre Ouahigouya. Pendant un certain temps, ses deux jeunes frères l’ont aidée à faire vivre la famille. Mais le destin s’acharne : ils ont été tués, eux aussi.

« Ici, je n’ai pas d’activité. Nous vivons grâce aux vivres qu’on nous donne et aux soins. Parfois, je me sens dépassée. »

Submergée par les insomnies, les palpitations, la tristesse et les cauchemars, elle a fini par consulter au poste de santé avancé de Bouro, déployé par ALIMA-Keoogo-SOS Médecins BF en appui aux efforts du ministère de la Santé. Là, elle a rencontré Sergina Kaba, agent de santé mentale.

« Elle vit avec le souvenir constant des pertes qu’elle a subies. Notre rôle, c’est de l’aider à accepter cette nouvelle réalité et à retrouver des ressources pour se redonner de l’espoir. »

Sergina Kaba, agent de santé mentale

Au fil des séances, Zenabo parle, écoute, respire. Peu à peu, les nuits s’apaisent, les tensions se relâchent.

« Avant, je ne pensais plus pouvoir retrouver la paix. Maintenant, je me sens plus forte. Je recommence à dormir. »

Elle n’a pas retrouvé tout ce qu’elle a perdu, mais elle avance, pas à pas, pour ses enfants, ses parents et pour elle-même.

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Crédit photo : Steve DOULKOM / ALIMA

Écouter, c’est déjà soigner

Chaque jour, les équipes de santé mentale d’ALIMA-Keoogo-SOS Médecins BF reçoivent des femmes, des hommes et des enfants dont les blessures ne se voient pas. En moyenne, cinq nouvelles consultations individuelles sont menées chaque jour dans chacun des trois postes de santé avancés soutenus. Des espaces de parole qui permettent à de nombreuses personnes déplacées de retrouver confiance et équilibre.

« Dans un contexte de perte et d’incertitude constante, être écouté devient un soin. »

Hyacinthe Compaoré, responsable santé mentale.

Reconstruire la vie en apaisant l’esprit 

Depuis 2020, ALIMA et ses partenaires Keoogo et SOS Médecins Burkina Faso intègrent la santé mentale dans leurs programmes médico-nutritionnels. Dans les postes de santé avancés (PSA) et les centres de nutrition thérapeutique (CRENAS/CRENI), les équipes proposent :

  • des consultations individuelles et de groupe,
  • des activités collectives d’expression et de soutien,
  • de la psychostimulation pour les enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère (psycho-affectif, psychosocial, psychomoteur, psycho-cognitif).

Ces activités sont cofinancées par l’aide humanitaire de l’Union européenne et l’appui financier du Gouvernement des États-Unis d’Amérique.

Photo de couverture : Amadou Cissé Bello / ALIMA)