Âgée de 20 ans, Adèle Djouanba est originaire du district de Mokolo, dans l’extrême nord du Cameroun. Cette région, proche du lac Tchad, est confrontée à l’insécurité, à des difficultés d’accès aux soins et à la malnutrition. Mariée, mère d’une petite fille prénommée Prisca, Adèle est cultivatrice, comme son mari. Quand elle évoque le Centre nutritionnel thérapeutique intégré, sa voix est calme, mais chargée de souvenirs.
« Quand Prisca avait six mois, elle a commencé à perdre du poids. Elle devenait faible, elle tombait souvent malade », raconte-t-elle. L’enfant ne jouait plus, ouvrait à peine les yeux. Les signes étaient là, inquiétants.
« Je ne savais pas quoi faire. Je n’avais jamais vécu ça avant ».
Bien plus qu’un centre de soins
C’est au centre nutritionnel de l’hôpital de Mokolo qu’Adèle trouve une réponse et un soutien. Prisca y est admise pour malnutrition. « On lui a donné du lait thérapeutique, des médicaments, et on s’occupait aussi de sa couverture », explique la jeune mère. Les repas sont assurés matin, midi et soir. Peu à peu, l’état de l’enfant s’améliore.
Mais Adèle n’est pas venue uniquement pour sa fille. « Moi aussi, j’étais très fatiguée », confie-t-elle. Le centre devient alors un lieu de soins, mais aussi d’apprentissage. « On m’a montré comment nourrir mon enfant, comment faire quand elle est malade ».
Les résultats sont visibles. « Prisca a repris du poids. Elle va mieux maintenant », dit-elle avec un léger sourire. Aujourd’hui, mère et fille sont prêtes à rentrer chez elles. « Même le transport pour le retour est gratuit », ajoute-t-elle, reconnaissante.
Durant sa grossesse déjà, Adèle fréquentait l’hôpital de Mokolo. « J’ai fait toutes mes visites prénatales ici, et j’ai accouché ici aussi ». Une relation de confiance s’est installée avec le personnel soignant. « Je connaissais déjà l’hôpital, alors je n’ai pas hésité à revenir ».
Quand elle pense à l’avenir, Adèle parle avant tout de sa fille. « Ce que je souhaite pour Prisca, c’est qu’elle soit en bonne santé, qu’elle aille à l’école », avant d’ajouter avec émotion : « Qu’elle ait la chance que moi, je n’ai pas eue ».
Ce projet d’appui à l’Hôpital Annexe de Mokolo pour la prise en charge de la malnutrition est mis en œuvre avec le soutien financier de l’Agence Française de Développement (AFD) et du Centre de Crise et de Soutien (CDCS). A Mokolo, cette dernière année, c’est près de 3 000 enfants âgés de moins de 5 ans pris en charge pour malnutrition aiguë sévère.
Photographies et texte Cora Portais / ALIMA