Dans cette région sahélienne exposée aux vagues de chaleur, aux inondations et à l’insécurité alimentaire, assurer la continuité des soins représente un défi quotidien. C’est dans ce contexte qu’ALIMA, son partenaire national Alerte Santé et le Climate Action Accelerator (CAA) ont lancé un projet pilote visant à transformer l’hôpital de district de Ngouri en « hôpital résilient ». L’objectif : rendre la structure de santé plus autonome, plus sûre et moins émettrice de gaz à effet de serre, tout en améliorant concrètement la qualité des soins.
Chaleur, inondations, épidémies : au Tchad, le climat met la santé à rude épreuve
Le Tchad figure parmi les pays les plus exposés aux effets du changement climatique. Sécheresses prolongées, pluies extrêmes, déplacements de populations et hausse des températures aggravent l’insécurité alimentaire et favorisent la propagation de certaines maladies, comme le paludisme.
À Ngouri, à 235 km au nord de N’Djamena, ces chocs climatiques entraînent une hausse des besoins sanitaires, dans un système de santé déjà fragilisé.
Maintenir la chaîne du froid nécessaire à la conservation des vaccins, assurer les accouchements de nuit ou prendre en charge les cas graves de malnutrition devient plus difficile lorsque l’électricité est instable, que les températures augmentent et que l’eau se raréfie.
« L’instabilité de l’alimentation électrique mettait les équipes sous une pression permanente. Quand les générateurs tombaient en panne ou que le carburant manquait, nous n’avions plus aucun moyen de fournir de l’oxygène aux patients qui en avaient un besoin urgent. »
Un toit blanc, des panneaux solaires, une banque de sang : des solutions concrètes pour améliorer les soins
Le projet « hôpital résilient » prévoit 25 solutions, portant sur les bâtiments, l’énergie, l’eau, la gestion des déchets, les conditions de travail et l’organisation des soins. Toutes poursuivent le même but : permettre à l’hôpital de continuer à fonctionner en période de crise, tout en réduisant son impact environnemental.
Depuis le lancement du projet en 2022, 13 solutions ont déjà été mises en place. Et leurs effets sont visibles au quotidien :
- Le toit de l’hôpital a notamment été repeint avec une peinture blanche réfléchissante. Résultat : environ 5 °C de moins à l’intérieur des salles. Les patients sont ainsi accueillis dans de meilleures conditions, tandis que les équipes travaillent dans un environnement moins éprouvant.
- Des panneaux solaires alimentent désormais l’hôpital. Ils réduisent sa dépendance au diesel et les risques d’interruption électrique, notamment lors des accouchements de nuit. Ils contribuent également à rendre plus fiable la chaîne du froid nécessaire à la conservation des vaccins.
- Une banque de sang alimentée par l’énergie solaire et des concentrateurs d’oxygène ont également été installés. Ces équipements renforcent la capacité de l’hôpital à prendre en charge sur place les cas les plus graves (paludisme sévère, malnutrition, épidémies), sans devoir systématiquement attendre un transfert vers une autre structure.
D’autres solutions doivent encore être déployées : un comité de gestion des catastrophes et un système d’alerte précoce permettront par exemple de mieux anticiper les crises.
Un nouveau bâtiment multifonctionnel est également prévu. Construit en partie à partir de matériaux recyclés et selon des techniques traditionnelles sobres en carbone, il sera conçu pour rester naturellement frais et pourra accueillir les patients lors des périodes de forte affluence.
« Grâce à ces solutions, l’hôpital de Ngouri est plus autonome, plus sûr et plus respectueux de l’environnement. Cela améliore directement la qualité des soins. »
Dr Sékou, coordinateur du projet
Après Ngouri, un modèle pour d’autres hôpitaux du Sahel
Pour les patients comme pour les soignants, les premiers bénéfices sont déjà visibles : une alimentation électrique plus fiable, de meilleures conditions d’accueil et de travail, ainsi qu’une capacité renforcée à faire face aux urgences et aux pics d’activité.
Mais l’ambition du projet dépasse Ngouri. Chaque solution fait l’objet d’une évaluation : son coût, ses effets sur la qualité et la continuité des soins, ainsi que les émissions de gaz à effet de serre qu’elle permet d’éviter.
Ces données doivent permettre d’identifier les solutions les plus efficaces et de proposer un modèle reproductible, adaptable à d’autres hôpitaux du Sahel et des régions aux ressources limitées.
L’expérience de Ngouri montre que, même dans un contexte fragile, il est possible de transformer durablement un établissement de santé, grâce à des solutions pragmatiques et mesurables.
En associant amélioration des infrastructures, renforcement des compétences et réduction de l’empreinte carbone, ALIMA et ses partenaires contribuent à construire des systèmes de santé plus durables et mieux préparés aux effets du changement climatique.
Face à l’intensification des chocs climatiques, renforcer la capacité des hôpitaux à poursuivre leurs activités contribue directement à protéger des vies.
Le projet d’hôpital résilient de Ngouri est mis en œuvre avec le soutien des fondations AXA et Sanofi, ainsi que de CFAO Motors.
Photo de couverture : © Freddy MALO/ALIMA
