Port-au-Prince : à Cité Soleil, l’hôpital de CHAPI reprend vie après des années d’abandon

À Cité Soleil, dans l’un des contextes urbains les plus fragiles d’Haïti, le Centre hospitalier CHAPI, situé à Boston, reprend vie après cinq années de fermeture, qui ont durablement privé les populations de soins.

Longtemps abandonné à cause des affrontements, des risques de tirs croisés et des inondations répétées qui ont affecté toute la zone, l’établissement a rouvert ses portes en octobre 2025 grâce à l’appui d’ALIMA, en partenariat avec le ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP).

L’hôpital CHAPI avait subi de lourds dégâts. Les eaux de pluie avaient envahi le rez-de-chaussée à plusieurs reprises, ce qui a rendu certaines parties essentielles du centre inutilisables. Pour permettre une reprise rapide et durable des activités, ALIMA a choisi de réhabiliter le bâtiment à partir du premier étage, la partie la moins exposée aux inondations.

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« La communauté avait soif de l’hôpital CHAPI », témoigne le Dr Ducloseille Boaz, directeur médical du centre. « Pendant des années, les gens étaient obligés d’aller très loin pour se faire soigner. Des femmes enceintes, des enfants malnutris, des personnes blessées… beaucoup n’y arrivaient tout simplement pas », ajoute-t-il.

Des soins accessibles dans une zone enclavée

Depuis la réouverture officielle, le 13 octobre 2025, la population afflue. « Chaque matin, des patients arrivent très tôt. Enfants, adultes, femmes enceintes… toutes les catégories sont représentées. Cette réouverture était un rêve pour beaucoup de familles », poursuit le médecin.

Les activités médicales ont débuté dès le 13 octobre avec des consultations externes et des hospitalisations. Le centre est désormais accessible tous les jours, offrant une présence médicale permanente dans un quartier où les structures de santé sont rares.

ALIMA a soutenu la réhabilitation des locaux, le déploiement de médecins, d’infirmières et de sages-femmes, ainsi que l’approvisionnement en médicaments essentiels. 

« Nous avons aussi des psychologues disponibles chaque semaine pour les personnes qui en ont besoin. »

Accompagner les femmes, protéger les naissances

La santé maternelle était au cœur des préoccupations. Rebecca, sage‑femme au sein d’ALIMA, travaille quotidiennement auprès des femmes enceintes et des jeunes mères. En Haïti, la santé maternelle demeure un enjeu majeur de santé publique. Le pays enregistre l’un des taux de mortalité maternelle les plus élevés de l’hémisphère occidental, avec environ 529 décès pour 100 000 naissances vivantes. Par ailleurs, seules 36 % des femmes accouchent dans une structure de santé, ce qui expose une grande majorité d’entre elles à des risques élevés de complications et de décès pendant la grossesse, l’accouchement ou la période postnatale.

« J’ai choisi ce métier pour aider les femmes. En Haïti, la mortalité maternelle et néonatale reste très élevée. Beaucoup n’ont pas les moyens d’aller à l’hôpital ou n’ont accès à aucune structure. »

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À CHAPI, nous les suivons pendant la grossesse, après l’accouchement, et nous prenons aussi en charge les nouveaunés », explique‑t‑elle.

Elle constate chaque jour les effets concrets de cette présence médicale. « Certaines femmes viennent toutes les deux semaines, tellement elles ont peur de ne pas être suivies ailleurs. Elles disent vouloir profiter au maximum des soins. Quand je vois leurs bébés naître en bonne santé, je me dis que notre travail a vraiment un sens. »

Redonner confiance aux patientes

Pour les habitantes du quartier, la structure CHAPI représente bien plus qu’un simple service de santé, c’est la seule promesse d’avoir accès aux soins.Vanessa Neptune, 24 ans, enceinte de cinq mois, effectue ici sa toute première consultation prénatale. « Je souffre de vertiges et d’anémie depuis le début de ma grossesse. » Faute de moyens, Vanessa ne pouvait pas aller dans un hôpital. « Quand on m’a parlé d’ALIMA au centre CHAPI, je suis tout de suite venue ici », confie‑t‑elle.

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« L’infirmière m’a conseillée sur la façon dont je dois prendre soin de moi pendant ma grossesse, concernant mon anémie », raconte celle qui porte son deuxième enfant.

Miser sur la durée

Pour ALIMA, l’enjeu dépasse l’urgence immédiate. Il s’agit d’accompagner durablement les autorités sanitaires haïtiennes dans la remise en fonction d’infrastructures abandonnées, notamment dans les zones où l’insécurité et la pauvreté limitent fortement l’accès aux soins.

« Si ALIMA n’avait pas été là, nous ne serions probablement toujours pas ouverts aujourd’hui », témoigne le Dr Boaz.

« Le MSPP nous soutient, mais les besoins restent énormes. Nous manquons encore de médecins et de moyens pour ouvrir d’autres services. »

À CHAPI la relance progressive des activités médicales marque une étape importante dans la reconstruction du système de santé local. Une présence  essentielle pour des milliers de personnes qui, jusqu’alors, n’avaient d’autre choix que de vivre sans espoir de recevoir des soins.

Grâce au soutien financier de l’Union Européenne (ECHO) et du Centre de crise et de soutien (CDCS) et en collaboration avec le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP), ALIMA est aujourd’hui un acteur clé de la santé au plus près des populations qui en sont souvent privées.

Crédits Photos : © Woo-Jerry Mathurin / ALIMA