S’allier le plus vite possible pour faire front
Au début de la riposte, en septembre, les palmiers et les grands arbres à pluie aux fleurs jaunes cohabitent avec les tentes humanitaires dans les villages de Bulape et de Bambalaie. Fin août, lorsqu’une nouvelle épidémie est déclarée dans la région du Kasaï, dans le centre de la RDC, le ministère de la Santé mobilise immédiatement l’ensemble des acteurs pour faire front : ses équipes, les médecins locaux, les ONG internationales dont ALIMA et les relais communautaires.
Cette maladie présente un taux de mortalité très élevé : 64% des patients infectés sont décédés lors de cette épidémie. Dès les premiers jours de la riposte, une véritable course contre la montre s’engage pour identifier les cas contacts, prendre en charge les patients et protéger le plus vite possible la population comme les soignants.
Grâce à son fort ancrage local en RDC, où la majorité du personnel humanitaire est congolais, ALIMA intervient très rapidement. Les équipes, déjà présentes sur place, jouent un rôle clé autour de trois piliers principaux :
- la prise en charge médicale, avec la mise en place de centres de triage, de transit et de traitement Ebola ;
- la prévention et la surveillance incluant la surveillance épidémiologique, la formation des soignants et l’accompagnement de la vaccination ;
- le lien avec les communautés, à travers la sensibilisation, la formation des relais communautaires et le suivi psychosocial des patients et de leurs proches.
« Je ne pouvais pas imaginer sortir vivante »
Jeannine est alitée depuis plusieurs jours. Elle souffre de maux de tête, vomissements, fièvre et diarrhée. Isolée, elle craint d’être infectée par Ebola. Un jour, de sa fenêtre, elle entend les relais communautaires sensibiliser la population et conseiller de se rendre au centre de santé en cas de symptômes. Avec ses dernières forces, elle décide de se lever et marche lentement jusqu’au centre de transit Ebola d’ALIMA où elle sera prise en charge et soignée.
« J’ai retrouvé ma famille, j’ai vu ma mère qui m’a bien accueillie. J’étais très contente et heureuse de revoir mes enfants. Depuis que je suis sortie, je n’ai pas encore récupéré toute ma force. Je ressens surtout de la fatigue et je ne peux pas encore aller en forêt chercher de la nourriture. Je remercie les soignants parce que je ne pouvais pas imaginer que je pourrais sortir vivante. »
Jeannine a été prise en charge par les médecins locaux, formés par ALIMA à la prise en charge de patients atteints d’Ebola, notamment à l’organisation des zones de soins, aux protocoles de protection et aux traitements à administrer.
Un relais décisif des acteurs tout au long de la course
Tout au long des trois mois de l’épidémie, ALIMA travaille en étroite collaboration avec les membres des communautés pour informer sur la nécessité de se faire soigner, isoler les personnes infectées et encourager l’adoption des gestes barrières.
« Nous avons collaboré avec les relais communautaires pour redonner une image positive des centres de santé. A notre arrivée, la population avait très peur. L’épidémie a été contenue en trois mois grâce aux efforts de tous les acteurs, et en particulier des médecins locaux, des relais communautaires, des chefs coutumiers et surtout de la population, très impliquée. »
Les chefs coutumiers jouent également un rôle essentiel pour encourager les malades à se rendre dans les centres de santé.
« Au début, nous avions tous peur de cette maladie. Les gens craignaient d’être rejetés ou contaminés. Avec ALIMA, nous avons encouragé la population à venir au centre de santé. Après notre formation, nous avons expliqué les gestes et les nouveaux modes de vie à adopter, comme ne plus se réunir en groupe ni toucher les corps des défunts. »
La prise en charge psychosociale est également intégrée à la riposte.
« Les troubles de santé mentale sont souvent assimilés à de la sorcellerie ou à des croyances mystico-religieuses. Ils sont donc pris en charge par les églises, en RDC. Nous avons donc intégré cette réalité, en sensibilisant les leaders religieux afin qu’ils orientent les personnes malades vers nos centres de santé. »
À la ligne d’arrivée : victoire contre l’épidémie
Lorsque Ebola entre dans les maisons du Kasaï, la peur est immense. Les cas contacts se multiplient et 45 personnes perdent la vie. L’enclavement des villages, la rapidité de propagation du virus et la crainte de se faire soigner constituent autant d’obstacles. Face à ces défis, un collectif se fédère pour faire front. Grâce à la réactivité, l’alliance d’experts médicaux et à l’implication des communautés, l’épidémie est maîtrisée en seulement trois mois.
Aujourd’hui, ALIMA poursuit son engagement dans le Kasaï, à travers le renforcement des capacités, afin de soutenir durablement les équipes médicales locales et mieux préparer les réponses aux futures crises sanitaires.
Cette riposte a été financée par Start Fund.