Cameroun : à Mokolo, la malnutrition explose chaque année pendant le pic de paludisme

Le paludisme couplé à la malnutrition aggrave rapidement l’état de santé des enfants. » À Mokolo, dans l’Extrême-Nord du Cameroun, la saison des pluies (fin mai à fin septembre 2025) fait exploser les admissions. Jusqu’à 700 enfants sont pris en charge chaque mois dans un service conçu pour 110 lits.

Pendant la saison des pluies, lorsque le paludisme atteint son pic, les admissions pour malnutrition aiguë sévère augmentent rapidement. Avec près de 700 admissions mensuelles à l’hôpital régional annexe de Mokolo, pour une capacité d’accueil d’environ 110 lits, les équipes doivent organiser les rotations, prioriser les cas les plus graves et stabiliser les enfants le plus rapidement possible. Derrière ces chiffres, il y a des visages, des parcours, des décisions difficiles.

Ndarndouwaï : « Chaque enfant est une vie à accompagner »

Âgé de 33 ans, Ndarndouwaï travaille au centre nutritionnel depuis cinq ans. Employé du ministère de la Santé, il est l’un des piliers du service. Dans ses bras, il tient Aïcha, une petite fille en cours de traitement.

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« Pendant la saison des pluies, on constate une augmentation du paludisme qui, combiné à la malnutrition, affaiblit davantage les enfants. Par conséquent, leur état clinique se dégrade. Ainsi, lorsque la saison sèche arrive, ils disposent déjà de faibles réserves nutritionnelles, ce qui aggrave encore leur état »

Ndarndouwaï explique : « Ici, nous recevons beaucoup d’enfants en situation de malnutrition. Quand ils arrivent, certains sont très faibles. »

La prise en charge commence par le triage. Les cas les plus graves sont orientés vers l’unité de soins intensifs : 16 lits répartis en deux unités, dont une dédiée aux urgences, aux anémies sévères et aux cas compliqués. Deux oxygénateurs permettent de stabiliser les enfants en détresse respiratoire.

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Malgré la pression, il reste animé par la même conviction : « Le travail avec ALIMA nous permet de renforcer la prise en charge, d’être plus proches des communautés et d’apporter des soins adaptés aux réalités locales. Quand on voit un enfant reprendre des forces, c’est ce qui nous motive à continuer, malgré les difficultés. » Car pour Ndarndouwaï :  « chaque enfant soigné est bien plus qu’un dossier médical. C’est toute une famille que l’on soutient.»

Fadimatou : « J’ai essayé la méthode traditionnelle »

Dans la salle de transition du centre nutritionnel, Fadimatou Hayatou veille sur sa fille, Aïcha Faisal.

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« J’ai 23 ans, je suis mariée et j’ai deux enfants. Ma fille est tombée malade. J’ai d’abord essayé la méthode traditionnelle, avant de décider de venir à l’hôpital. »

Comme de nombreuses mères dans la région, Fadimatou a d’abord cherché de l’aide au sein de sa communauté. Voyant que l’état de sa fille ne s’améliorait pas, l’inquiétude a grandi : « Elle ne mangeait plus bien. Elle était faible. J’ai eu peur. »

À l’hôpital, Aïcha reçoit un traitement nutritionnel thérapeutique et bénéficie d’un suivi médical quotidien. Dans la salle de transition, les enfants stabilisés reprennent progressivement du poids avant de poursuivre leur traitement en ambulatoire.

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Le  témoignage de Fadimatou rappelle combien l’accès aux soins reste un enjeu central, dans une région où les distances, l’insécurité, et la baisse des financements humanitaires compliquent les parcours de santé.

À Mokolo, la prise en charge de la malnutrition repose sur un travail quotidien de coordination entre équipes hospitalières, centres de santé périphériques et communautés. Détecter tôt, orienter rapidement, stabiliser efficacement : ces gestes répétés chaque jour font la différence.

Dans les couloirs du centre nutritionnel, de nombreuses histoires se croisent. Celles de soignants engagés, de parents inquiets, d’enfants qui jour après jour reprennent des forces, et retrouvent espoirs et sourires.

Ce projet d’appui à l’Hôpital général Annexe de Mokolo pour la prise en charge de la malnutrition est mis en œuvre avec le soutien financier de l’Agence Française de Développement (AFD), du Centre de Crise et de Soutien (CDCS) et de Givewell. Au cours de cette dernière année, il a permis de prendre en charge près de 3 000 enfants de moins de 5 ans pour malnutrition aiguë sévère.

Témoignages et photographies : Cora PORTAIS / ALIMA

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