À Mirriah, un simple sachet rapproche les enfants de la vaccination

Dans le district de Mirriah, au Niger, une approche innovante associe nutrition et vaccination. Grâce à la distribution de suppléments nutritionnels, les mères reviennent plus régulièrement au centre de santé, favorisant à la fois la prévention de la malnutrition et l’amélioration de la couverture vaccinale des enfants.

À Droum, dans le district sanitaire de Mirriah, les enfants grandissent souvent face à une double vulnérabilité. D’un côté, la malnutrition fragilise leur organisme. De l’autre, une couverture vaccinale insuffisante les expose à des maladies pourtant évitables.

Cette réalité s’inscrit dans un contexte préoccupant. Au Niger, 11,1 % des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aiguë, au-delà du seuil d’urgence défini par l’OMS, et 30 à 40 % ne sont pas complètement vaccinés. Dans la région de Zinder, la situation est encore plus critique, avec près de 18 % d’enfants touchés par la malnutrition aiguë et environ 30 % non vaccinés contre la rougeole.

Les équipes de santé connaissent bien ce cercle vicieux : un enfant mal nourri développe plus facilement des infections, et ces maladies aggravent à leur tour son état nutritionnel. Cette spirale pèse lourdement sur la survie et le développement des plus jeunes.

C’est dans ce contexte qu’intervient « OptiMAx », un projet qui cherche à répondre à ces deux défis simultanément, grâce à une approche innovante.

Une approche simple qui change les habitudes

Au centre de santé intégré (CSI) de Droum, l’un des 10 centres du district sanitaire de Mirriah où ALIMA et BEFEN déploient le projet OptiMAx aux côtés du ministère de la Santé, le changement est visible dès les premières heures de la matinée. Les mères arrivent nombreuses, parfois de loin, avec leurs enfants.

Dans ces zones rurales, l’accès aux soins reste souvent contraint : longues distances à parcourir à pied, charge quotidienne importante, autres enfants dont il faut s’occuper, manque d’information. Autant de facteurs qui peuvent retarder ou limiter les visites au centre de santé.

Ce qui motive aujourd’hui ces déplacements, c’est aussi un petit sachet de 20 grammes. Distribué chaque mois, ce supplément nutritionnel à base lipidique, en petite quantité, appelé SQ-LNS, également connu sous le nom de « nutributter », est conçu pour prévenir la malnutrition chez les enfants de 6 à 23 mois. Mais sur le terrain, son rôle va au-delà de la seule prévention nutritionnelle.

« OptiMAx est arrivé pour stimuler la vaccination. Les parents viennent chercher le SQ-LNS… et en même temps, leurs enfants sont vaccinés. »

Ousmane Ahmad, responsable des activités du projet

Concrètement, chaque enfant éligible reçoit 28 sachets par mois, soit une ration couvrant quatre semaines. Ce rythme crée un rendez-vous régulier avec le centre de santé, et encourage le retour des familles, y compris de celles qui, auparavant, ne venaient pas pour la vaccination. Le SQ-LNS agit ainsi comme une porte d’entrée vers un suivi plus global de l’enfant. 

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Une porte d’entrée vers la vaccination

Sous le hangar du centre de santé, cette dynamique est visible. Aïssata, venue pour son rendez-vous mensuel, raconte  : « Je suis venue le mois passé pour les sachets. Aujourd’hui, je reviens pour en reprendre et vérifier son carnet. » À ses côtés, Mariama ajoute : « Quand les sachets finissent, on revient… »

Comme elles, de nombreuses mères reviennent désormais de façon régulière. Ce retour facilite la vérification des carnets vaccinaux et permet de rattraper les enfants qui n’étaient pas à jour. « Quand les sachets finissent, les mères reviennent. Et cela correspond souvent au prochain rendez-vous vaccinal », précise le responsable du projet.

Au centre de santé, les enfants suivent un parcours intégré comprenant dépistage nutritionnel, vaccination et orientation vers les services adaptés selon leurs besoins.

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Des premiers résultats encourageants

Le projet est encore en phase de mise en œuvre et d’analyse, mais plusieurs tendances se dessinent déjà sur le terrain. Près de 11 000 enfants sont suivis, dont 9 000 intégrés dans OptiMAx. Plusieurs centaines d’enfants “zéro dose” ont été rattrapés, dont 240 en un mois. « Nous avons vu arriver des enfants “zéro dose”, c’est-à-dire des enfants qui n’avaient jamais reçu de vaccin. Grâce au SQ-LNS, nous avons pu les intégrer », souligne le responsable du projet.

Les équipes observent également une fréquentation accrue des centres de santé, très peu d’abandons dans le programme, ainsi qu’une amélioration visible de l’état général des enfants suivis. « Les enfants qui reçoivent les sachets SQ-LNS présentent un meilleur état général et évoluent bien sur le plan nutritionnel. »

Une approche intégrée à évaluer

À Mirriah, OptiMAx met en lumière une approche simple : utiliser la nutrition comme point d’entrée pour renforcer la vaccination. Ni les suppléments nutritionnels ni les vaccins ne sont nouveaux. Mais leur combinaison ouvre une piste intéressante  : celle d’un cercle vertueux, dans lequel chaque intervention renforce l’autre. Dans un contexte où malnutrition et sous-immunisation restent étroitement liées, cette stratégie apparaît prometteuse. Elle est actuellement évaluée à travers une émulation d’un essai contrôlé randomisé par grappes, afin de mieux comprendre son efficacité dans des contextes de forte vulnérabilité.

Les analyses finales permettront d’en mesurer précisément l’impact. Mais sur le terrain, une chose est déjà claire : un simple sachet peut suffire à faire revenir les mères et à rapprocher les enfants de soins essentiels.

Ce projet est mis en œuvre avec le soutien financier de la Fondation Gates et d’Edesia Nutrition.