Exposition photo KHARSOUNA : Trop de crises pour un système de santé

Lors de l’Assemblée mondiale de la Santé qui s’est tenue en mai dernier à Genève, le Geneva Health Forum a sélectionné et exposé le documentaire photographique Khatouna, réalisé en Mauritanie en février 2026. Ce projet photographique documente une crise humanitaire : celle des personnes réfugiées maliennes dans la région du Hodh El Chargui, à l’intersection entre un conflit, des déplacements de populations et l’accès à la santé.

« Kharsouna » signifie « Regardez-nous » en hassanya, langue commune parlée au Mali et en Mauritanie.

Depuis près de 15 ans, le sud-est de la Mauritanie fait face à l’une des crises humanitaires les plus méconnues de la région. Des centaines de milliers de personnes ont fui les violences au Mali pour traverser la frontière et rejoindre la région du Hodh El Chargui, l’une des plus pauvres du pays, en quête de sécurité. Aujourd’hui, plus de 380 000 réfugiés vivent en Mauritanie, en majorité des enfants. Le camp de Mbera a depuis longtemps dépassé sa capacité d’accueil, et une part croissante des réfugiés vit désormais en dehors du camp, dans des villages isolés où l’accès aux soins, à l’eau et à la nourriture reste limité.

Ce projet photographique documente ce qui fait rarement la une : l’effondrement d’un système de santé local soumis à une pression extrême et multiple, face au conflit armé, aux déplacements forcés, au changement climatique et au manque de financement. Les conséquences sont mesurables et dévastatrices.

Selon l’enquête SMART 2025, la prévalence de la malnutrition aiguë globale dans le Hodh El Chargui atteint 14,4 %, bien au-dessus du seuil d’urgence de 10 % fixé par l’OMS. Entre août et décembre 2025, 7 498 réfugiés ont été enregistrés par le HCR, et les arrivées continuent d’augmenter.

Lors des périodes de pic, des centres de santé comme celui de Bassikounou accueillent des patients bien au-delà de leurs capacités, avec des conséquences directes sur la mortalité et la morbidité. 

Kharsouna - Cora Portais - Visuel

La série s’articule autour de cinq chapitres : 

  • Fuir retrace des parcours de déplacement marqués par la violence et des conditions de survie extrêmes.
  • Attendre montre le quotidien dans les camps et les villages environnants. 
  • Tomber malade  révèle l’impact visible de la crise sur les corps.
  • Un système sous pression examine des structures de santé débordées par des besoins pour lesquels elles n’ont jamais reçu les ressources nécessaires.
  • Tenir met en lumière la résilience des communautés et des soignants, y compris des réfugiés devenus eux-mêmes agents de santé.

 

Des témoignages accompagnent les images, donnant la parole aux personnes directement touchées et ancrant chaque photographie dans une expérience vécue. 

 

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Le langage visuel de ce projet relève d’un choix éthique assumé. Plutôt que d’adopter l’esthétique désaturée souvent associée aux images d’exil et de souffrance, les photographies conservent des couleurs vives et intenses, avec notamment un bleu récurrent qui traverse toute la série.

Cette approche refuse le sensationnalisme et rejette toute réduction des personnes à leurs circonstances. Chaque personne a été photographiée avec son plein consentement, dans le souci de la représenter avec dignité : non pas comme bénéficiaire passif de l’aide, mais comme individu doté d’une capacité d’agir, de vitalité et de résilience. 

Ce travail aborde également une réalité structurelle qui dépasse les histoires individuelles. Dans les contextes de crise prolongée, les systèmes de santé locaux deviennent la dernière ligne de défense, et parfois le point de rupture. La pression exercée sur les structures de santé du Hodh El Chargui reflète une tendance mondiale : des urgences sous-financées, insuffisamment reconnues, qui perdurent pendant des années. 

En documentant les liens entre santé, migration et climat dans l’une des crises oubliées au monde, ce projet entend contribuer aux discussions plus larges sur les politiques de santé mondiale et plaider pour des financements durables, adaptés aux contextes.

Car ce ne sont pas seulement les populations qui vivent l’exil : le système de santé lui-même, fragilisé par le conflit, le climat et les déplacements, reflète l’ampleur de la crise humanitaire. 

Les projets menés par les équipes d’ALIMA dans la région ont reçu le soutien financier du Centre de crise et de soutien (CDCS).

Ce documentaire photographique a été réalisé par : © Cora PORTAIS / ALIMA

Février 2026. Région du Hodh El Chargui, Mauritanie. Projet de reportage photo « KHARSOUNA » — See Us. © Cora PORTAIS / ALIMA