Mauritanie :  trop de crises pour un système de santé

Dans l’est de la Mauritanie, les déplacements de population, la malnutrition et le manque d’accès aux soins fragilisent les communautés. Dans la région du Hodh El Chargui, ALIMA déploie des cliniques mobiles et renforce la prise en charge des enfants malnutris.

Dans l’est de la Mauritanie, la situation humanitaire atteint un niveau critique. Dans la région du Hodh El Chargui, située à environ 50 kilomètres de la frontière avec le Mali, plus de 120 000 réfugiés maliens vivent dans un camp initialement prévu pour 70 000 personnes *. Autour du camp, 90 villages accueillent également plus de 170 000 personnes réfugiées **, souvent dans des conditions précaires.

Cette pression démographique fragilise l’accès à l’eau, à la nourriture et aux soins de santé. Les enfants et les femmes sont particulièrement exposés à la malnutrition, aux maladies évitables par la vaccination et aux épidémies.

Présente dans la région depuis 2019, ALIMA appuie les structures de santé locales et déploie des cliniques mobiles pour atteindre les populations les plus isolées qui n’ont pas accès aux soins de santé.

Des cliniques mobiles pour aller auprès des patients

Pour réduire cette distance entre les patients et les soins,  ALIMA organise des cliniques mobiles sur plusieurs sites, comme sur celui de Kindjerlé. Les équipes y assurent des consultations médicales, le suivi des femmes enceintes, la vaccination des enfants et la prise en charge de la malnutrition. Elles distribuent également des kits de dignité et proposent un soutien en santé mentale, essentiel dans un contexte marqué par l’exil et les déplacements forcés.

« Les cliniques mobiles permettent d’aller au-devant des patients. Plutôt que de leur demander de parcourir plusieurs kilomètres pour se soigner, nous allons directement à leur rencontre », explique Mohamed El Moctar, infirmier sur le programme mobile. « Sans elles, des milliers de personnes resteraient sans accès aux soins. »

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Lutter contre la malnutrition, une priorité dans la région

Au Centre de Récupération et d’Éducation Nutritionnelle Intensive (CRENI) appuyé par ALIMA de l’hôpital de Bassikounou, les équipes médicales font face à une affluence constante d’enfants souffrant de malnutrition aiguë.

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« Pendant les pics de malnutrition, nous sommes dépassés », témoigne Mohamed Ag Mohamed Alhadi, infirmier superviseur. « Entre décembre 2025 et janvier 2026, nous avons accueilli 102 enfants de moins de cinq ans, alors que nous ne disposons que de quatre lits. Nous n’avons pas assez de places pour les accueillir dignement. »

Malgré ces conditions difficiles, les équipes poursuivent leur mission avec détermination, pour assurer une prise en charge gratuite aux enfants malnutris. Comme la petite Zenabou Wallet Mohamed, venue avec sa famille chercher refuge en Mauritanie et atteinte de malnutrition à son arrivée,  de nombreux enfants peuvent rentrer chez eux guéris, après avoir reçu un traitement adapté.

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En 2025, plus de 1 900 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère ont été pris en charge par ALIMA dans la région.

Derrière les chiffres, des familles en quête de stabilité 

Pour les familles réfugiées, l’accès aux soins s’inscrit dans un quotidien marqué par l’incertitude, la perte des moyens de subsistance et la dépendance à l’aide humanitaire. 

Aya Hamadi Ba, réfugiée malienne, a fui son village avec ses enfants après une attaque. 

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« Nous avons marché pendant cinq jours avec mes enfants, sous plus de 43 degrés. Ici, nous avons tout perdu et dépendons de l’aide humanitaire. Mon rêve aujourd’hui est simple : pouvoir nourrir mes enfants et retrouver une vie normale. »

Sa fille Fatoumata, âgée de 18 mois, est aujourd’hui suivie par les équipes mobiles d’ALIMA.

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Sur le site d’Aghor, Metou, 10 ans, rêve d’un avenir différent : « Je veux aller à l’école et travailler dans la santé, ici. », confie-t-elle.  Sa mère rappelle toutefois la réalité : « Nous recevons des soins grâce à ALIMA, mais l’école est trop loin. »
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Pour Mohamed Ali Ag Med Aboubacri, réfugié originaire de Mopti : « Ce projet est essentiel. »

Même constat pour Mohamed Ag Ahmedou, chef du site d’Aghor :

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« Avant, nous devions payer pour nous soigner. Aujourd’hui, les soins sont gratuits. »

Soutenir durablement le système de santé local

Au-delà de la réponse d’urgence, ALIMA travaille avec les acteurs de santé locaux pour renforcer les capacités existantes. Le projet inclut la formation du personnel de santé, l’appui aux agents communautaires et l’amélioration des systèmes d’alerte épidémique.

Face à l’ampleur des besoins, les financements humanitaires restent insuffisants. En 2024, seuls 51 % des besoins estimés ont été couverts. Sans ressources supplémentaires, la continuité des soins pourrait être menacée.

Dans le Hodh El Chargui,  où les crises se superposent, déplacements, pauvreté,  malnutrition et difficultés d’accès aux services essentiels, le soutien du Centre de Crises et de Soutien (CDCS) permet aujourd’hui aux équipes ALIMA de maintenir une réponse médicale vitale. 

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* Selon le Forum de coordination des réfugiés, Bassikounou, 29 janvier 2026

** Selon Forum de coordination des réfugiés HCR, 29 janvier 2026

Témoignages et photographies : Cora Portais / ALIMA