Ore Babatunde Joseph, agriculteur de 48 ans originaire d’Owo, dans l’État d’Ondo, est marié et père de quatre enfants. Il gagne sa vie grâce à l’agriculture, ainsi qu’à la production d’huile de palme et de garri, un aliment de base dans le sud-ouest du Nigeria. Le parcours de Babatunde face à la fièvre de Lassa a commencé lorsqu’il a participé à une séance de sensibilisation organisée dans sa communauté. Il y a appris à reconnaître les symptômes de la maladie, à mieux comprendre les moyens de prévention et l’importance d’une prise en charge précoce. À ce moment-là, il n’imaginait pas qu’il serait un jour lui-même confronté à la maladie, ni que ces connaissances l’aideraient à se faire soigner. Lorsqu’il est tombé malade, il s’est rendu dans un hôpital proche de son domicile, d’où il a été orienté vers le FMCO, soutenu par ALIMA, afin d’y réaliser des examens complémentaires.
« Quand on m’a annoncé que j’étais positif à la fièvre de Lassa, j’ai d’abord eu peur, car je savais que c’était une maladie grave. Mais quelques mois plus tôt, j’avais participé à des séances d’information sur la fièvre de Lassa organisées par ALIMA dans les communautés d’Emure et d’Uso. J’y avais appris que se faire soigner rapidement augmente les chances de survie. J’avais donc l’espoir que si je recevais un traitement à temps, je pourrais survivre. »

Augustina Mary John, 30 ans, connaissait quant à elle très peu la fièvre de Lassa lorsqu’elle a été testée positive.
« Lorsque mes résultats ont montré que j’avais la fièvre de Lassa, j’ai eu peur, car tout ce que je savais de cette maladie, c’est qu’elle tue. J’ai refusé de me faire soigner parce que j’étais terrifée. Puis les mobilisateurs communautaires d’ALIMA sont venus me parler. Ils m’ont expliqué ce qu’est la fièvre de Lassa, comment elle se traite, et que les soins au FMCO étaient gratuits. Cette conversation m’a fait changer d’avis. Quand je suis arrivée au centre de traitement et que j’ai vu la manière dont les patients étaient pris en charge, j’ai commencé à croire que j’allais survivre. »
Sensibiliser pour encourager une prise en charge précoce
Au FMCO, avec le soutien d’ALIMA, les patients bénéficient d’une prise en charge complète comprenant un suivi médical rapproché, des traitements de soutien, des analyses de laboratoire, des mesures de prévention des infections et des conseils dispensés par des professionnels de santé. Pour de nombreux patients, les soins reçus les aident à faire face non seulement aux effets physiques de la maladie, mais aussi à la peur et à l’incertitude qui accompagnent souvent un diagnostic de fièvre de Lassa.
En complément du traitement, les activités de sensibilisation communautaire et de promotion de la santé menées par ALIMA continuent d’améliorer les connaissances sur la maladie et d’encourager une consultation précoce.
« De nombreux patients arrivent tardivement en raison de comportements de recours aux soins inadéquats. C’est pourquoi le traitement, la sensibilisation communautaire et la recherche en cours doivent aller de pair. Chaque patient qui arrive au centre de traitement reçoit une prise en charge individualisée par une équipe multidisciplinaire. Plus les patients consultent tôt, meilleures sont leurs chances de recevoir un traitement à temps, d’éviter les complications et de guérir », explique le Dr Ihemekale Isaac, responsable de la prise en charge des maladies infectieuses et émergentes au FMCO.

Entre janvier et avril 2026, plus de 105 patients atteints de la fièvre de Lassa ont été pris en charge au FMCO, avec le soutien d’ALIMA.
Améliorer les traitements grâce à la recherche
Si les décès liés à la fièvre de Lassa peuvent être évités lorsque la maladie est diagnostiquée et traitée à temps, il est aussi nécessaire et urgent de trouver des traitements plus efficaces pour améliorer les résultats de la prise en charge.
Coordonné par ALIMA, en collaboration avec l’Institut Bernhard Nocht de médecine tropicale (BNITM) et des établissements de santé partenaires, le projet INTEGRATE mène des recherches afin d’identifier des traitements plus efficaces, notamment des médicaments repositionnés qui ont montré des résultats prometteurs contre la fièvre de Lassa. L’essai INTEGRATE est placé sous le parrainage de l’Irrua Specialist Teaching Hospital (ISTH), avec l’ANRS Maladies infectieuses émergentes comme co-promoteur.
Grâce à des sites d’essais cliniques situés dans les régions les plus touchées du pays — le FMCO, l’ISTH et l’hôpital universitaire Abubakar Tafawa Balewa (ATBUTH) de Bauchi, récemment inauguré — le projet mène un essai plateforme afin d’évaluer efficacement de nouveaux candidats médicaments, dans le respect des normes éthiques et scientifiques.
Des survivants devenus porte-parole
Augustina et Babatunde ont chacun reçu 12 jours de traitement et de soins complets au FMCO. Tous deux sont aujourd’hui entièrement guéris et ont pu retrouver leur famille et leurs activités.
Aujourd’hui, ils utilisent leur expérience pour sensibiliser d’autres membres de leur communauté.
« Toute personne présentant des symptômes comme de la fièvre, une faiblesse ou des maux de tête devrait se faire dépister », explique Augustina. « Les gens ne doivent pas avoir peur de se faire soigner. S’ils viennent tôt, ils peuvent guérir. »
« Mon conseil, c’est que si des symptômes persistent, il faut se faire tester pour la fièvre de Lassa. J’encourage les gens à faire un test lorsqu’ils ont des symptômes, et je leur parle de mon expérience personnelle. Il vaut toujours mieux savoir à quoi l’on fait face plutôt que d’attendre qu’il soit trop tard. C’est normal d’avoir peur, moi aussi j’ai eu peur malgré tout ce que je savais. Mais au final, j’ai reçu des soins de qualité. Dès qu’on vous dit qu’il s’agit de la fièvre de Lassa, il faut se rendre rapidement au centre de traitement », ajoute Babatunde.
Le projet INTEGRATE est rendu possible grâce au financement d’EDCTP3.
Photos : © Love Ogundipe / ALIMA © Nandak Chingle / ALIMA