« Notre plus grand défi, c’était la sensibilisation » : au camp de Zabout, la riposte contre la rougeole

Au camp de Zabout, dans la province du Sila, ALIMA et Alerte Santé ont conduit, de début février à mi-mars, une riposte d’envergure contre une épidémie de rougeole au sein de la communauté réfugiée soudanaise. Le Dr Ayambi Evariste, médecin traitant et superviseur des activités cliniques, revient sur les étapes de cette intervention.

Tout commence par la détection de plusieurs cas suspects de rougeole au camp de Zabout. Rapidement, les analyses réalisées en laboratoire confirment la circulation de la maladie et entraînent la mise en place d’une cellule de veille et de riposte. Les équipes d’ALIMA et d’Alerte Santé interviennent en coordination avec les autorités sanitaires et les acteurs humanitaires présents dans la zone, avec le soutien de Start Fund.

« En tant que clinicien, notre rôle était d’assurer la prise en charge des patients pendant l’épidémie. »

Dr Ayambi Evariste, médecin traitant et superviseur des activités cliniques

Les cas suspects sont pris en charge selon les protocoles établis. Les patients présentant des complications sont orientés vers l’hôpital provincial de Goz Beida afin de recevoir des soins adaptés.

Parallèlement, un comité de riposte est constitué, associant agents de santé et relais communautaires. Leur mission : aller à la rencontre des ménages dans les différentes zones du camp afin d’identifier les cas suspects, d’informer les familles et les orienter vers le centre de santé.

La riposte en chiffres :

  • plus de 100 cas suspects enregistrés durant la période de riposte ;

  • une campagne de vaccination menée dans le camps et les villages environnants ;

  • plus de 95 % de la cible vaccinale atteinte. 

Une épidémie, trois leviers : sensibilisation, surveillance et vaccination

Face à la propagation de la maladie, trois axes d’intervention sont déployés simultanément. Une campagne de sensibilisation communautaire est d’abord lancée pour informer les familles réfugiées soudanaises, sur les symptômes de la rougeole, les risques de complications et l’importance d’une prise en charge rapide.

Au début de l’épidémie, certaines familles hésitent à se présenter au centre de santé. La rougeole est parfois confondue avec d’autres maladies et la crainte de la contagion conduit certains habitants à éviter la structure de soins.

Avec l’appui des relais communautaires, les équipes vont directement à la rencontre des familles afin de répondre à leurs inquiétudes, de lutter contre les idées reçues et de les encourager à faire examiner leurs enfants.

Une surveillance active est ensuite instaurée afin de repérer en continu les nouveaux cas et de les orienter rapidement vers les structures de santé.

La campagne de vaccination constitue le troisième pilier central de la riposte. Menée dans le camp et les villages environnants, elle permet d’atteindre plus de 95 % de de la cible fixée, un résultat que le Dr Evariste considère comme l’un des principaux succès de l’intervention.

À l’issue de cette phase active, les équipes maintiennent une surveillance continue, en s’appuyant notamment sur les agents de santé communautaires formés à détecter d’éventuels nouveaux cas.

Le défi de la communication en début d’épidémie

Interrogé sur les principaux obstacles rencontrés, le Dr Evariste ne cite ni les médicaments, ni les ressources humaines, mais la sensibilisation.

Dans un camp où les symptômes de la rougeole étaient parfois mal compris ou confondus avec ceux d’autres pathologies, convaincre les familles de se rendre au centre de santé s’est révélé être l’un des principaux défis.

« Notre plus grand défi, c’était la sensibilisation », explique-t-il.

La peur de la contagion conduisait certaines personnes à éviter la structure de santé, retardant ainsi le diagnostic et la prise en charge.

« Au début, certaines familles avaient peur de venir au centre. Il fallait leur expliquer la maladie, les rassurer et leur montrer que les enfants pouvaient y être pris en charge en toute sécurité. »  

Au fil des échanges menés par les équipes médicales et les relais communautaires, l’adhésion des familles s’améliore progressivement, rendant la prise en charge et la vaccination plus efficaces.   La communication dès les premiers stades d’une épidémie apparaît ainsi comme l”un des facteurs déterminants de la riposte.

Leçons apprises : miser sur la prévention primaire

Les informations recueillies par les équipes montrent que les enfants pris en charge n’étaient pas vaccinés contre la rougeole ou n’avaient pas reçu l’ensemble des doses recommandées.  Dans un camp marqué par une forte densité de population et par l’arrivée régulière de personnes ayant fui le conflit au Soudan, l’apparition de nouveaux cas peut rapidement favoriser la propagation de la maladie. 

Pour le Dr Evariste, la leçon est claire : les efforts doivent se concentrer davantage en amont. « Il faut beaucoup plus miser sur la prévention primaire, notamment sur la vaccination », souligne-t-il.

Le renforcement de la vaccination de routine, notamment dès l’arrivée et l’enregistrement des personnes réfugiées, constituerait l’un des leviers les plus efficaces pour mieux protéger les enfants et limiter le risque de nouvelles flambées.

Dix mois avec ALIMA : une expérience formatrice

Au-delà de la riposte, le Dr Evariste revient également sur son expérience au sein de l’organisation. Arrivé chez ALIMA près de douze mois auparavant, il souligne la place accordée à la formation continue : prise en charge clinique, gestion des épidémies et amélioration de la qualité des soins. Des connaissances et des compétences qu’il a pu mobiliser directement pendant l’intervention à Zabout. 

« En tant qu’ONG humanitaire, ALIMA nous pousse à donner le meilleur de nous-mêmes, y compris dans des conditions difficiles. Grâce au travail collectif, nous avons pu accomplir de grandes choses. »

Ces mots résument l’esprit de terrain qui anime les équipes d’ALIMA au Tchad : agir avec les moyens disponibles, former pour durer, et toujours placer la communauté au centre de l’intervention

Photo de couverture : © Freddy MALO/ALIMA