En Éthiopie, le dérèglement climatique éloigne les familles des soins

Dans le sud de l’Éthiopie, les enfants souffrant de malnutrition vivent souvent à plusieurs heures de marche des soins dont ils ont besoin. ALIMA rapproche les soins de ces communautés pastorales, dont le mode de vie a été bouleversé par le changement climatique.

Abdiaziz, superviseur infirmier d’ALIMA, dépiste un enfant souffrant de malnutrition à la clinique mobile du village de Yo’o, à 18 km de l’hôpital le plus proche. À l’hôpital de Hargelle, Anas, superviseur santé mentale d’ALIMA, apporte un soutien psychologique aux familles, tandis que le Dr Shukri, du Bureau régional de la santé de la région Somali, s’occupe des cas les plus graves de malnutrition . Ensemble, Abdiaziz, Anas et le Dr Shukri rapprochent les soins des communautés d’Afder.

En Éthiopie, un mode de vie traditionnel face à une nouvelle réalité climatique

Paysage aride et désertique touché par les sécheresses récurrentes dans la zone d'Afder, région Somali en Éthiopie.
Le paysage aride de la zone d’Afder est frappé par des sécheresses à répétition. Sur la route, zone d’Afder, région Somali, Éthiopie. Juin 2026. © Joséphine Franc Rousseau / ALIMA


Les éleveurs doivent marcher toujours plus loin pour trouver de l’eau et des pâturages, et certains n’ont d’autre choix que de s’installer en ville ou sur des sites de déplacés. Sans lait ni revenu, la faim s’installe, et les enfants de moins de cinq ans sont les premiers à en souffrir.

Affaiblis, ils résistent mal à la rougeole ou au paludisme. La maladie aggrave la malnutrition, la malnutrition ouvre la porte aux infections : un cercle vicieux très difficile à briser.

Véhicule de l'équipe ALIMA circulant sur des pistes rocheuses pour rejoindre des centres de santé isolés en Éthiopie.
Sur les routes rocailleuses de la zone d’Afder, les équipes d’ALIMA roulent jusqu’à 7 heures par jour pour atteindre des centres de santé isolés. Zone d’Afder, région Somali, Éthiopie. Juin 2026. © Joséphine Franc Rousseau / ALIMA

Quelques kilomètres en moins: une bouée de sauvetage pour les enfants malnutris en Éthiopie

Lorsque les familles doivent se rendre dans un centre de santé, les conditions difficiles se dressent souvent sur leur chemin. Des distances qui semblent courtes deviennent difficiles à parcourir sous un climat extrême.

Abdiaziz, infirmier nutritionniste chez ALIMA, dirige l’équipe de la clinique mobile. Village après village, il dépiste et soigne les enfants souffrant de malnutrition. À Yo’o, à 18 kilomètres de l’hôpital le plus proche, la clinique mobile fonctionne depuis plusieurs semaines.

Abdiaziz devant l'espace de vaccination d'une clinique mobile humanitaire ALIMA dans la zone d'Afder.
Abdiaziz à la clinique mobile, devant l’espace de vaccination. Zone d’Afder, région Somali, Éthiopie. 24 juin 2026. © Amanuel Sileshi / ALIMA

« À Yo’o, la malnutrition est plus élevée qu’ailleurs. Nous travaillons avec les agents du ministère de la Santé et nous les accompagnons pour mesurer, dépister et soigner. Trouver des solutions durables pour garantir l’accès aux soins des communautés difficiles d’accès reste compliqué. Aucune autre ONG ne travaille ici. Il n’y a qu’ALIMA », explique Abdiaziz.

La clinique prend en charge les enfants souffrant de malnutrition aiguë tout au long d’un parcours de soins complet. Les équipes pèsent l’enfant, mesurent son périmètre brachial avec un bracelet MUAC pour suivre l’évolution de la malnutrition, conseillent les mères, distribuent des aliments thérapeutiques prêts à l’emploi (ATPE), puis vaccinent.

« Mon bébé souffrait de malnutrition, et ALIMA l’a soignée. J’étais tellement inquiète pour mon enfant. Aujourd’hui, je suis soulagée. Elle est hors de danger. Sans ALIMA, je devrais aller jusqu’à l’hôpital de Hargelle, et c’est trop loin de chez moi. »

Ubah vit à Yo’o avec ses deux enfants, âgés de 3 ans et 10 mois. Elle vient de faire vacciner la plus jeune, la même petite fille soignée quelques semaines plus tôt pour malnutrition dans cette même clinique

Déploiement de la clinique mobile Yo’o dans la zone d'Afder, région Somali en Éthiopie.
 Clinique mobile de Yo’o, zone d’Afder, région Somali, Éthiopie. 24 juin 2026. © Amanuel Sileshi / ALIMA

Le centre de santé d’Elkare se trouve dans les montagnes, à plus de 100 kilomètres de l’hôpital de Hargelle. Grâce au soutien d’ALIMA, il maintient des soins vitaux à portée de nombreuses familles. Fadumo tient dans ses bras son bébé de 9 mois, Shabcaan, pendant sa consultation de suivi. Elle a marché pendant une heure depuis chez elle.

Infirmier mesurant le périmètre brachial d'un enfant malnourished avec un ruban PB (MUAC) et distribuant des sachets de Plumpy'Nut au centre de santé d'Elkare.
L’infirmier pèse son bébé, vérifie l’évolution de sa malnutrition à l’aide du bracelet MUAC et lui remet des sachets de Plumpy’Nut pour poursuivre son traitement. Centre de santé d’Elkare, zone d’Afder, région Somali, Éthiopie. 23 juin 2026. © Amanuel Sileshi / ALIMA

ALIMA et le ministère de la Santé éthiopien: soigner ensemble

ALIMA intervient en Éthiopie depuis 2023, et aujourd’hui les soins sont entièrement dispensés par des équipes éthiopiennes, aux côtés de soignants locaux comme la Dre Shukri, à l’hôpital de Hargelle, dans cinq centres de santé et via la clinique mobile.

Le Dr Shukri à l'hôpital de Hargelle en Éthiopie
Dr Shukri at the Hargelle Hospital, Afder zone, Somali Region, Ethiopia. June 25, 2026. © Amanuel Sileshi / ALIMA

« ALIMA nous conseille sur la nutrition des patients et leur accompagnement psychologique au quotidien, et nous aide à superviser les infirmiers », explique le Dr Shukri, médecin généraliste du ministère de la Santé affectée à l’hôpital de Hargelle.

 » L’hôpital était toujours plein et nous manquions de personnel. Quand il n’y avait pas d’électricité et que le groupe électrogène tombait en panne de carburant, des patients mouraient faute d’oxygène.  » Le Dr Shukri décrit ainsi les difficultés que rencontrait l’hôpital avant l’arrivée d’ALIMA. 

En 2026, ALIMA a installé un système solaire à l’hôpital de Hargelle et a financé le carburant du groupe électrogène de secours pour éviter les coupures d’électricité critiques. 

 « Nous nous rendons dans les structures de santé pour voir comment se déroulent les activités de nutrition et de santé mentale. Chaque semaine, ALIMA et les soignants du ministère de la Santé, médecins comme infirmiers, se réunissent, nomment les difficultés et discutent de la manière de travailler en équipe « , explique Anas, superviseur santé mentale pour ALIMA.

Le jeune Anas accueilli au centre de santé d'Elkare soutenu par ALIMA dans la zone d'Afder.
Anas au centre de santé d’Elkare, zone d’Afder, région Somali, Éthiopie. 23 juin 2026. © Joséphine Franc Rousseau / ALIMA

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