À Dakoro, dans la région de Maradi, Souley Dangoringo Ousmane passe rarement une journée au même endroit. Un matin dans un centre de santé, l’après-midi dans un village, le lendemain en réunion avec des relais communautaires. Son terrain, c’est la communauté.
Depuis juin 2022, il travaille avec ALIMA-BEFEN sur les approches communautaires en santé. Concrètement, cela signifie être là où tout commence : avant même que l’enfant n’arrive au centre.
« Si on attend que les mères et les enfants viennent d’eux-mêmes, c’est déjà trop tard. »
Pour y remédier, il organise, avec les relais communautaires, des sessions de formation destinées aux mères. Pas dans des salles formelles, mais là où elles vivent. Il leur montre comment utiliser le bracelet PB, un bracelet coloré qui permet de mesurer le périmètre brachial de l’enfant et d’identifier rapidement son état nutritionnel, comment reconnaître les signes de malnutrition qui doivent alerter, et surtout quoi faire ensuite.
Mais ce qui le marque aujourd’hui, ce n’est pas seulement ce qu’il enseigne. C’est ce qu’il observe.
« Avant, on allait chercher les enfants. Aujourd’hui, ce sont les mères qui viennent. »
Ce basculement, il en parle avec une certaine fierté. Dans les centres de santé qu’il suit, les équipes voient arriver des enfants plus tôt, souvent avant que leur état ne devienne critique.
Sur le terrain, son travail est aussi fait de vigilance. Avec les relais communautaires, il suit les enfants qui ne reviennent pas aux centres, ceux qui arrêtent le traitement, ceux qu’on pourrait facilement perdre de vue. Des visites à domicile sont organisées, parfois sur de longues distances.
« Un enfant qui abandonne le traitement, c’est un risque. On ne peut pas se permettre de le laisser disparaître du circuit. »
Il y a aussi ces échanges quotidiens, simples mais importants. Discuter avec une mère devant sa maison, répondre à ses inquiétudes, lui expliquer encore une fois comment mesurer le bras de son enfant.
Avec le temps, il voit les choses évoluer. Moins d’enfants arrivent aux centres dans des états critiques. Moins d’hospitalisations. Mais pour lui, le changement le plus important est ailleurs.
« Aujourd’hui, les mères ne sont plus seulement accompagnantes. Elles deviennent actrices. »
Dans cette région où les distances sont longues et les moyens limités, ce rôle change tout. Parce qu’entre le moment où un enfant tombe malade et celui où il est pris en charge, chaque jour compte. Et c’est précisément dans cet intervalle que Souley concentre son travail.
« Si on agit tôt, on peut éviter le pire. »
À Dakoro, cette conviction guide ses journées. Et souvent, elle commence par un geste simple, répété de maison en maison : mesurer, comprendre, agir.