
Dans de nombreuses régions d’Afrique, la malnutrition est très répandue et les enfants peu vaccinés. Ces deux réalités entretiennent un cercle vicieux : un enfant mal nourri résiste moins bien aux infections, et une maladie courante mal soignée (diarrhée, infection respiratoire, paludisme) peut rapidement basculer en malnutrition aiguë sévère. Le risque de décès est démultiplié.
Pour les équipes d’ALIMA, qui ont pris en charge plus de 350 000 enfants souffrant de malnutrition aiguë en 2025, c’est une réalité quotidienne. Beaucoup d’enfants auraient pu être épargnés avec une meilleure immunité. C’est le cas de la petite fille de Maimouna, qui livre son témoignage.
Éprouver une stratégie capable d’agir sur deux fronts à la fois
Dans l’Etat de Yobe, au Nigeria, des chercheurs et des humanitaires viennent de démontrer une intuition datant d’une dizaine d’années : la distribution de SQ-LNS (un complément nutritionnel lipidique de 20 g, recommandé par l’OMS pour prévenir la malnutrition) encourage les familles à revenir au centre de santé, et donc à faire vacciner leurs enfants.
En 2024, ALIMA, en partenariat avec des chercheurs de l’Inserm, de l’IRD et de l’Université de Bordeaux, du programme ivoirien PAC-CI, ainsi que de l’université et du ministère de la Santé de l’État de Yobe, a lancé un essai contrôlé randomisé en grappes.
Le principe : comparer des zones de santé où les familles recevaient la vaccination de routine seule (zones témoins), avec des zones où le SQ-LNS était distribué le même jour aux enfants de 6 à 23 mois (zone NutriVax). En un an, près de 20 000 enfants ont reçu le complément nutritionnel.
Des résultats sans appel
Premier signal, frappant : l’adhésion des familles. Sur près de 20 000 enfants inclus, on ne compte que 13 abandons. Malgré la distance, le coût du transport et le temps, les mères reviennent, mois après mois.
Concernant la vaccination, les résultats confirment l’intuition de terrain :
- Les enfants suivis dans les zones NutriVax avaient deux fois plus de chances d’être vaccinés contre la rougeole que ceux des zones témoins.
- Le nombre d’enfants « zéro dose » (ceux qui n’ont jamais reçu le moindre vaccin) a été réduit de moitié dans les zones NutriVax.
Pour 100 enfants, l’intervention NutriVax a permis de vacciner 20 enfants de plus contre la rougeole par rapport au groupe qui n’a pas été couvert par NutriVAx. En réduisant le nombre d’enfants « zéro dose », NutriVax contribue directement à l’un des objectifs du Programme de vaccination 2030 de l’OMS : diviser par deux le nombre d’enfants « zéro dose » d’ici 2030.
Ces résultats ont été publiés dans la prestigieuse revue scientifique Nature Medicine.
Pour lire l’article : https://www.nature.com/articles/s41591-026-04675-1
« Nous disposons désormais de la preuve scientifique que nous attendions : distribuer le SQ-LNS le jour de la vaccination motive les familles à revenir. Dans un État où la couverture contre la rougeole tombe parfois sous les 30 %, c’est une avancée décisive pour nos enfants comme pour le système de santé de Yobe. Suite au partage des résultats préliminaires de cet essai par ALIMA, l’Etat de Yobe a d’ailleurs intégré une ligne à son budget pour financer le SQ-LNS. »
Pr Baba Goni, directeur médical de l’hôpital universitaire de l’État de Yobe et co-chercheur principal de NutriVax.
Un changement de paradigme
En intégrant prévention de la malnutrition et vaccination, on crée un cercle vertueux qui améliore la survie des enfants.
« Ce que démontre NutriVax, c’est qu’une intervention nutritionnelle préventive peut agir comme un véritable levier pour accéder aux centres de santé et par conséquent à la vaccination. Un essai randomisé de cette ampleur, mené dans un contexte aussi difficile, offre un niveau de preuve rare. Il ouvre une voie concrète pour respecter et rattraper le calendrier vaccinal et atteindre les enfants « zéro dose », qui n’accèdent pas aux centres de santé et échappent aux campagnes de vaccination communautaires. »
Cécile Cazes, chercheuse épidémiologiste, ALIMA / Bordeaux Population Health
Pour Kevin Phelan, référent nutrition senior chez ALIMA, l’équation est claire :
« C’est un triple bénéfice : moins de malnutrition, plus d’enfants vaccinés, et une mortalité infantile réduite. Nous appelons les gouvernements et les bailleurs internationaux à investir dans le SQ-LNS. Et nous invitons décideurs politiques et soignants à associer les SQ-LNS à la vaccination de routine dans les régions les plus touchées. »
Passage à l’échelle au Tchad, au Niger et au Cameroun
Depuis mai 2025, ALIMA mène deux essais similaires à Ngouri, au Tchad, et à Mirriah, au Niger. Objectif : démontrer l’efficacité de la stratégie dans différents contextes à forte malnutrition et faible couverture vaccinale. Jusqu’à 10 000 enfants recevront du SQ-LNS au Tchad et 20 000 au Niger.
Un nouvel essai débutera aussi au Cameroun d’ici la fin de l’année 2026 pour évaluer l’effet de la stratégie NutriVax sur la couverture vaccinale des enfants contre le paludisme, un autre enjeu de santé majeur en Afrique subsaharienne.
L’essai NutriVax a été mené dans le cadre de la Clinical and Operational Research Alliance (CORAL), qui réunit ALIMA et des chercheurs de l’Inserm/IRD/Université de Bordeaux et du programme PAC-CI (Abidjan, Côte d’Ivoire), en partenariat avec le ministère de la Santé de l’État de Yobe et des chercheurs de l’Université de l’Etat de Yobe, au Nigéria. Les résultats sont publiés dans la revue scientifique Nature Medicine.
L’essai clinique NutriVAx au Nigéria a reçu le soutien de Gavi, l’Alliance du Vaccin, de la Eleanor Crook Foundation (ECF), de la Fondation ALIMA, ainsi que de donateurs particuliers.