Cameroun : à Mokolo, la méthode kangourou suit les nouveau-nés jusque dans les familles

À l’hôpital de Mokolo, dans l’Extrême-Nord du Cameroun, les nouveau-nés prématurés ou de faible poids sont pris en charge par la méthode kangourou. Elle repose sur un contact peau à peau prolongé avec leur mère. L’accompagnement ne s’arrête pas à la sortie de l’hôpital : il se poursuit à domicile, avec les familles et les relais communautaires.

« J’ai constaté que mon enfant perdait du poids, aussitôt je suis venue à l’hôpital », raconte Catherine, 19 ans, mère de la petite Cécile.

Portrait de Catherine, jeune mère de 19 ans, tenant sa fille Cécile à Mokolo dans la région de l’Extrême-Nord au Cameroun.
Portrait de Catherine, jeune mère de 19 ans, et de sa fille Cécile. Mokolo, région de l’Extrême-Nord, Cameroun. © Cora Portais / ALIMA

La méthode kangourou, simple et accessible

Pour les bébés nés trop tôt ou avec un faible poids de naissance, les premiers jours sont décisifs. C’est ce que la méthode kangourou cherche à sécuriser : le nouveau-né est maintenu en peau à peau contre sa mère pendant plusieurs semaines, à raison de 8 à 24 heures par jour selon son poids de naissance, jusqu’à ce qu’il atteigne 2 500 grammes. Ce contact prolongé stabilise sa température et favorise sa croissance. 

Mères pratiquant la méthode Kangourou dans le service de néonatologie de l’hôpital de Mokolo au Cameroun.
Mères pratiquant la méthode Kangourou dans le service de néonatologie de l’hôpital de Mokolo au Cameroun.

Dans le service de néonatologie de l’hôpital de Mokolo, des mères pratiquent la méthode Kangourou. Hôpital de Mokolo, région de l’Extrême-Nord, Cameroun. © Cora Portais / ALIMA

« L’approche kangourou permet la prise en charge des nouveau-nés prématurés ou de faible poids de naissance grâce à un contact peau à peau prolongé entre le bébé et sa mère, afin de prévenir certaines complications comme l’hypothermie, les infections ou les difficultés respiratoires », explique Souleymane Samake, Coordinateur projet sortant à Mokolo.

L’un de ses atouts est son accessibilité. « C’est une technique accessible qui ne nécessite pas de dépenses supplémentaires ; il suffit que la mère soit sensibilisée et accompagnée pour comprendre l’importance de cette méthode et l’appliquer correctement », précise-t-il.

À Mokolo, les équipes soignantes accompagnent les mères dans la pratique du peau à peau et les préparent à la poursuivre une fois rentrées chez elles. Catherine découvre la méthode à cette occasion : « Ici, on pratique la méthode kangourou, et je constate que cette méthode porte ses fruits. »

Le retour à la maison, une nouvelle étape

Après plusieurs jours à l’hôpital, Catherine rentre au village avec Cécile. La sortie du service ne marque pas la fin de la prise en charge : la méthode doit trouver sa place dans le quotidien, entre les tâches domestiques et la vie de la maison.

« À mon arrivée à la maison, ils m’ont indiqué de poursuivre la méthode kangourou, et je suis en train de la pratiquer », explique-t-elle.

Catherine rentrant chez elle avec son bébé Cécile à Mokolo, Cameroun.
Catherine rentre chez elle avec sa fille Cécile. Mokolo, Cameroun. © Cora Portais / ALIMA

Une affaire de famille

Chez elle, Catherine n’est pas seule. Sa belle-sœur, Madeleine, prend le relais du peau à peau lorsqu’elle doit s’occuper d’autre chose.

« Quand je suis occupée avec les tâches ménagères, j’ai une personne qui m’aide : c’est ma belle-sœur. Ma belle-sœur prend la relève », dit Catherine.

Madeleine était présente dès l’hôpital : « Depuis que nous sommes à l’hôpital, nous étions ensemble, l’enfant allait bien, ils nous ont libérées. On nous a dit de pratiquer cette méthode. Quand ma belle-sœur est occupée avec d’autres tâches, je prends la relève. »

Le relais communautaire, lien entre l’hôpital et la maison

Après le retour à domicile, l’accompagnement se poursuit pendant plusieurs semaines. Les relais communautaires se rendent auprès des familles pour faire le lien entre l’hôpital, la maison et l’entourage.

Abraham Ngacebaï, superviseur de la promotion de la santé, en visite à domicile chez Catherine et sa fille Cécile à Mokolo.
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Portrait d’Abraham Ngacebaï, Superviseur de la promotion de santé, venant rendre visite à Catherine et sa fille Cécile chez elles. Mokolo, région de l’Extrême-Nord, Cameroun. © Cora Portais / ALIMA

« Le rôle des relais communautaires, c’est de venir travailler, faire un suivi très rapproché, expliquer à l’entourage, la belle-mère, le beau-père et tous ceux qui sont autour d’elle, déjà de comprendre l’avantage de l’approche de cette méthode de mère kangourou », explique Abraham Ngacebaï, Superviseur de la promotion de santé.

Ce travail auprès de la famille élargie répond à une réalité concrète :

« Rester avec cet enfant des heures durant, c’est épuisant pour la maman »,

rappelle-t-il. Partager la pratique du peau à peau permet de la tenir dans la durée.

Pratiquer la méthode kangourou au-delà des murs de l’hôpital

Pour Catherine, la méthode kangourou a commencé à l’hôpital et c’est à la maison qu’elle se poursuit. Grâce au soutien de sa famille, aux visites des relais communautaires et au suivi des équipes de santé, Cécile continue de grandir entourée et protégée.

Catherine pratiquant la méthode Kangourou avec son bébé à son domicile à Mokolo, Cameroun.
Chez elle, Catherine continue de pratiquer la méthode Kangourou. Mokolo, Cameroun. © Cora Portais / ALIMA

« Depuis sa mise en place à Mokolo, la méthode kangourou a permis de réduire significativement la mortalité néonatale. La proportion de décès chez les prématurés et les bébés de petit poids de naissance est passée de 78 % en 2024 à 21 % en 2025 »

témoigne Souleymane Samake, coordinateur de projet sortant à Mokolo. La prématurité et le petit poids de naissance ne sont plus la première cause de décès dans le service de néonatologie de l’hôpital régional annexe de Mokolo. 

À Mokolo, cette chaîne d’accompagnement permet aux nouveau-nés les plus fragiles de recevoir les soins dont ils ont besoin, bien au-delà des murs de l’hôpital. 

Photographies © Cora Portais / ALIMA