Choléra au Tchad : une riposte au plus près des communautés

Depuis le 11 août 2026, une épidémie de choléra touche la zone d’Amma, dans la province du Lac, au Tchad. Aux côtés du district sanitaire de Liwa, ALIMA et son partenaire Alerte Santé soignent les malades et misent sur les relais communautaires pour freiner la maladie jusque dans les villages.

Il la fait nuit,nuit quand Nana se réveille avec une douleur au ventre. La diarrhée commence. Elle attend un peu. Une heure et demie plus tard, la diarrhée reprend. Elle comprend que quelque chose ne va pas.

Elle essaie d’abord de se soigner seule, du lait caillé, puis de l’huile. Rien n’y fait. Autour d’elle, quelqu’un tranche : il faut aller au centre de santé d’Amma tout de suite. On lui loue une moto-taxi dans la nuit.

À son arrivée au centre de santé, l’équipe l’examine, et reconnaît tout de suite le diagnostic : c’est le choléra . Cinq jours plus tard, Nana est guérie.

Onze août : les premiers cas

L’épidémie de choléra a démarré le 11 août 2026 à Amma 3, un village voisin du centre de santé d’Amma, dans le département du Fouli, à une cinquantaine de kilomètres du chef-lieu du district sanitaire de Liwa. Deux femmes présentent diarrhées et vomissements. Quelques minutes après l’alerte, d’autres patients arrivent. Le 16 août, la délégation sanitaire provinciale du Kanem dépêche une équipe médicale en renfort à la province du Lac. Elle arrive à Amma le 17 août.

Vue densemble de lunite de traitement du cholera ALIMA Alerte Sante
Vue d’ensemble de l’unité de traitement du choléra installé à proximité  du centre de santé de Amma établi par ALIMA / Alerte Santé.

Dans les deux semaines suivantes, un second foyer se déclare à Foulfoul, village situé à une dizaine de kilomètres d’Amma. L’épidémie s’étend. Le dispositif de riposte, Unité de Traitement de Choléra et Points de Réhydratation Orale (PRO)riposte mis en place par ALIMA /Alerte Santé dès les premiers jours de l’épidémie , absorbe la montée des cas : une unité de traitement du choléra (UTC) et des points de réhydratation orale (PRO).

Pour rappel, le choléra est une infection intestinale aiguë causée par la bactérie Vibrio cholerae. Il se transmet principalement par la consommation d’eau ou d’aliments contaminés, notamment lorsque les conditions d’hygiène et d’assainissement sont insuffisantes. Sa propagation est favorisée par l’accès limité à l’eau potable, le manque d’infrastructures d’assainissement, mais aussi par les conflits, les déplacements de populations et certains effets des changements climatiques. 

La plupart des personnes infectées ne développent pas de symptômes, mais les formes symptomatiques peuvent provoquer une diarrhée aqueuse soudaine et abondante, des vomissements, une déshydratation rapide, des crampes musculaires et une grande faiblesse, particulièrement préoccupantes chez les enfants. 

Sans prise en charge rapide, la déshydratation peut entraîner la mort en quelques heures. La prévention repose notamment sur l’accès à une eau propre et potable, le lavage régulier des mains, une bonne gestion des eaux usées, la sensibilisation des populations et, dans certaines situations, la vaccination. 

Depuis le début de la riposte, 644 patients ont été pris en charge dans l’ensemble du dispositif. Les cas les plus graves, dont les déshydratations modérées et sévères, sont traités à l’UTC : 163 patients, dont 58 cas graves. Un patient est décédé à son admission.

Dans les villages, la prévention d’abord

Le Dr Apollinaire WOUYE  est médecin traitant à L’UTC. Il a été détaché du district sanitaire de Liwa pour appuyer la riposte. Il travaille aux côtés du district sanitaire et ALIMA Alerte Santé, qui fournit les médicaments et le matériel médical nécessaires aux soins.

Dr WOUYE Apollinaire medecin traitant a lUTC
Dr WOUYE Apollinaire, médecin traitant à l’UTC, affecté par la délégation sanitaire provinciale pour appuyer la riposte à l’épidémie de choléra.

Pour lui , l’approche la plus efficace ne fait aucun doute : la sensibilisation communautaire.

« La sensibilisation aux gestes de prévention, c’est notre force. Si elle est bien faite, on le constate ici : on n’ y  a pas beaucoup de malades. »

Pour couper la chaîne de transmission, la sensibilisation joue un rôle primordial pour qu’il y ait un changement de comportement et cela va réduire considérablement les nouvelles admissions.

Les relais communautaires ALIMA / Alerte Santé sillonnent  les villages. Ils informent les familles et pulvérisent sur les abords des points d’eau stagnante comme les marigots. Chaque semaine, 1 694 personnes en moyenne ont été sensibilisées aux gestes de prévention, modes de transmission, signes d’alerte, conduite à tenir. C’est cette double présence qui a permis de maîtriser l’épidémie dans la zone.

Un relais communautaire en train de faire la preparation de solutions ALIMA Alerte Sante

Le traitement vient ensuite, mais avec une règle absolue : la rapidité. Un patient qui arrive en état de choc ne doit pas attendre. C’est ce protocole, appliqué sans délai, qui explique le bilan de deux semaines : soixante-douze patients traités, aucun décès.

Quatre semaines après le début de l’épidémie, une campagne de vaccination a été lancée par le Ministère de la santé. Cette campagne a permis de vacciner au total 101 104 personnes.

Nana, puis ses filles

Nana a six enfants. Quand elle arrive à Amma, elle ne sait pas encore que cinq d’entre eux vont la rejoindre.

Le troisième jour de son séjour, ses quatre filles tombent malades aux champs. On les amène au centre. L’équipe les prend en charge à leur tour : perfusion, réhydratation, traitement.

« Au cinquième jour, j’étais guérie. Et comme ce sont mes enfants, je suis devenue leur garde-malade. »

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Nana BOTOYE, la mère de Bana BOTOYE à son chevet, sur l’un des lits de l’Unité de Traitement de Choléra de Amma établi par ALIMA / Alerte Santé.

Deux de ses filles guérissent rapidement et rentrent au village. Les deux autres développent une forte fièvre. Un traitement complémentaire est prescrit ; en deux jours, la fièvre cesse. Puis une cinquième fille tombe malade à son tour. Nana redevient garde-malade.

Aujourd’hui, toute la famille est guérie. Elles sont rentrées chez elles. Avant de partir, l’équipe leur a donné des consignes précises : laver tous les vêtements et les couchages à l’eau, au savon et à l’eau de javel. 

Des relais encore trop peu nombreux

L’épidémie recule, mais les défis demeurent.  Les relais communautaires ont joué un rôle essentiel pour ralentir rapidement la propagation de la maladie. Ils restent pourtant trop peu nombreux .Renforcer ce réseau, en complément de la prise en charge des patients et de la vaccination, permettrait de mieux contenir l’épidémie.

Pour le Dr WOUYE, ce sont eux qui font l’essentiel du travail ; l’équipe du centre vient en complément.

Ce sont eux, dit-il, qui font la grande partie du travail. L’équipe du centre les complète. 

« Si l’on pouvait en recruter davantage, leur action couvrirait des villages qui restent encore hors de portée, et les patients qui s’y trouvent arriveraient au centre à temps.» s’exprime Dr Apollinaire.

1230  patients en 7  semaines, un mort clinique. Le bilan tient à trois choses : des relais qui ont fait circuler l’information et la proactivité des équipes dans la prise en charge. 

La riposte contre le choléra est rendue possible grâce au soutien financier de l’Union européenne (ECHO).