Au Tchad, une feuille de papier aide les soignants à sauver des enfants

Publiés en septembre 2026 dans The Lancet Primary Care, les résultats d’un essai clinique mené au Tchad par ALIMA et ses partenaires montrent qu’un système simple et peu coûteux, le système RISQ, aide les soignants à repérer à temps les enfants les plus gravement malades et s’avère très prometteur pour réduire la mortalité.

Il est à peine 8 heures et la cour du centre de santé est déjà pleine. Des mères attendent, un enfant dans les bras ou dans le dos. Celui-ci a de la fièvre depuis trois jours, celui-là ne garde plus rien depuis la veille, un autre tousse et respire vite. Tous sont pris en charge pour malnutrition aiguë, tous sont fragiles.

Des mamans attendent à l’ombre la consultation de leur enfant, dans un centre de santé soutenu par ALIMA et son partenaire tchadien Alerte Santé, à Ngouri, au Tchad. 2024. © ALIMA
Des mamans attendent à l’ombre la consultation de leur enfant, dans un centre de santé soutenu par ALIMA et son partenaire tchadien Alerte Santé, à Ngouri, au Tchad. 2024. © ALIMA

Vous êtes infirmier ou infirmière. Vous avez été formé pendant un ou deux ans, et aujourd’hui, comme chaque jour, la même question revient auprès des enfants : « est-ce qu’il peut rentrer chez lui avec un traitement, ou faut-il l’envoyer à l’hôpital maintenant ? »

La décision est lourde. Référer un enfant, c’est demander à une famille un long trajet et des frais qu’elle n’a pas toujours les moyens d’assumer. Ne pas le référer, c’est prendre le risque que son état s’aggrave. Et les signes de gravité ne sont pas toujours évidents : un enfant calme n’est pas forcément un enfant qui va bien.

C’est le quotidien de milliers de soignants en Afrique subsaharienne, où la majorité des consultations ambulatoires sont assurées par des infirmiers et infirmières qui manquent de moyens et de formations spécialisées. Faute d’avoir été orientés vers l’hôpital de manière appropriée, ou suffisamment tôt, certains enfants décèdent.

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Le centre de santé de Hagrerom, à Ngouri, au Tchad, est l’un des centres de santé inclus dans l’essai clinique RISQ entre 2023 et 2024. © ALIMA

Une feuille, sept paramètres à mesurer, deux minutes

Imaginez maintenant que, sur votre table, une feuille vous guide. Vous mesurez sept paramètres et les notez dans un tableau : fréquence cardiaque, fréquence respiratoire, effort respiratoire, apport en oxygène, saturation en oxygène, température et niveau de conscience.

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Un oxymètre de pouls est essentiel pour mesurer des paramètres tels que la saturation en oxygène et la fréquence cardiaque, que le soignant renseigne dans la feuille RISQ. Ngouri, Tchad, 2024. © ALIMA

Une feuille de papier, un oxymètre de pouls et un thermomètre, trois outils peu coûteux et simples d’utilisation ; et en une à deux minutes, vous obtenez un score. Ce score ne remplace pas le jugement, mais il l’appuie : il permet de quantifier la gravité de l’état de l’enfant et aide à décider s’il doit être transféré à l’hôpital. 

C’est le principe du système RISQ (Responses to Illness Severity Quantification), qui fonctionne quelle que soit la pathologie : diarrhée avec déshydratation, paludisme, infection respiratoire ou autre infection.

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Un soignant utilise la feuille de score RISQ lors de la consultation médicale d’une petite fille, dans le centre de santé de Hagrerom, à Ngouri. Tchad, 2024. © ALIMA

Pour le soignant, ce score change beaucoup de choses. Il sait quels enfants examiner en priorité. Et il peut justifier un transfert auprès de la famille comme de l’hôpital.

Un essai rigoureux dans 34 centres de santé au Tchad

Pour mesurer l’impact réel de cet outil, ALIMA, son partenaire national, l’ONG Alerte Santé, le ministère de la Santé du Tchad et des chercheurs du SickKids Research Institute (Canada) et de l’Université de N’Djamena, ont mené pendant douze mois, entre 2023 et 2024, un essai clinique randomisé en grappes. 

L’étude s’est déroulée dans 34 centres de santé du district de Ngouri, à 230 km de N’Djamena. Elle a suivi plus de 10 000 enfants de 6 à 59 mois pris en charge pour malnutrition aiguë.

  • 40 % de mortalité en moins dans les centres utilisant RISQ.
  • 85 % des agents de santé ont jugé le système RISQ utile dans leur pratique quotidienne.
  • 78 % des agents de santé se sont sentis à l’aise avec la feuille de score après une seule journée de formation.

« RISQ a donné aux soignants de Ngouri quelque chose de précieux : la confiance en leur propre jugement. Ils mesurent, puis comptent, ils ont un repère concret. J’ai vu des soignants qui n’osaient pas référer un enfant le faire avec assurance, parce qu’ils savaient pourquoi. » Dr Mermoz Difo, coordinateur médical adjoint d’ALIMA au Tchad au moment de l’implémentation de l’essai clinique.

Une innovation née du terrain

RISQ est pensé pour fonctionner là où les moyens manquent : des signes déjà mesurés en routine, un équipement minimal, une formation courte.

« Le système RISQ renforce l’autonomie du personnel infirmier en lui offrant un filet de sécurité pour appuyer sa prise de décision clinique. RISQ permet également d’instaurer un langage commun au sein des équipes soignantes, entre celle du centre de santé et celle de l’hôpital et assurant ainsi une prise en charge rapide et adéquate. » 

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Un soignant en pleine consultation médicale d’une petite fille, dans le centre de santé de Hagrerom, à Ngouri. Tchad, 2024. © ALIMA

Ces résultats concernent toutes les ONG et tous les systèmes de santé publique qui assurent la prise en charge ambulatoire des enfants souffrant de malnutrition aiguë. Intégré aux soins de routine, RISQ pourrait renforcer considérablement la détection précoce des complications chez les enfants.

Une version numérique de l’outil, l’application RISQ Digital, est en cours de développement, et de nouvelles évaluations dans différents contextes ont lieu au Nigeria, et bientôt au Mali et au Niger. 

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Des mamans quittent le centre de santé de Hagrerom pour rejoindre leurs familles, après avoir bénéficié de consultations pédiatriques  par des soignants d’ALIMA / Alerte Santé. Ngouri, Tchad, 2024. © ALIMA

Cet essai a été mené par ALIMA et l’ONG tchadienne Alerte Santé, en partenariat avec l’Université de N’djamena, le ministère de la Santé du Tchad et des chercheurs du SickKids Research Institute (Canada). Il a été financé par ELRHA / R2HC, avec le soutien du FCDO, de Wellcome et du NIHR-DHSC.