Dans le sud de l’Éthiopie, les enfants souffrant de malnutrition vivent souvent à plusieurs heures de marche des soins dont ils ont besoin. ALIMA rapproche les soins de ces communautés pastorales, dont le mode de vie a été bouleversé par le changement climatique.
Abdiaziz, superviseur infirmier d’ALIMA, dépiste un enfant souffrant de malnutrition à la clinique mobile du village de Yo’o, à 18 km de l’hôpital le plus proche. À l’hôpital de Hargelle, Anas, superviseur santé mentale d’ALIMA, apporte un soutien psychologique aux familles, tandis que le Dr Shukri, du Bureau régional de la santé de la région Somali, s’occupe des cas les plus graves de malnutrition . Ensemble, Abdiaziz, Anas et le Dr Shukri rapprochent les soins des communautés d’Afder.
En Éthiopie, un mode de vie traditionnel face à une nouvelle réalité climatique
En Afder, dans l’extrême sud de la région Somali en Éthiopie, les familles vivent traditionnellement de l’élevage. Un troupeau en bonne santé, c’est un revenu, du lait, la survie. Tout repose sur un rythme simple : des pluies qui tombent quand elles le doivent. Mais le changement climatique a rompu ce rythme. Désormais, les saisons oscillent entre des sécheresses qui s’éternisent et des inondations soudaines, et la saison sèche ne cesse de s’allonger.
Les éleveurs doivent marcher toujours plus loin pour trouver de l’eau et des pâturages, et certains n’ont d’autre choix que de s’installer en ville ou sur des sites de déplacés. Sans lait ni revenu, la faim s’installe, et les enfants de moins de cinq ans sont les premiers à en souffrir.
Affaiblis, ils résistent mal à la rougeole ou au paludisme. La maladie aggrave la malnutrition, la malnutrition ouvre la porte aux infections : un cercle vicieux très difficile à briser.
Quelques kilomètres en moins: une bouée de sauvetage pour les enfants malnutris en Éthiopie
Lorsque les familles doivent se rendre dans un centre de santé, les conditions difficiles se dressent souvent sur leur chemin. Des distances qui semblent courtes deviennent difficiles à parcourir sous un climat extrême.
Abdiaziz, infirmier nutritionniste chez ALIMA, dirige l’équipe de la clinique mobile. Village après village, il dépiste et soigne les enfants souffrant de malnutrition. À Yo’o, à 18 kilomètres de l’hôpital le plus proche, la clinique mobile fonctionne depuis plusieurs semaines.
« À Yo’o, la malnutrition est plus élevée qu’ailleurs. Nous travaillons avec les agents du ministère de la Santé et nous les accompagnons pour mesurer, dépister et soigner. Trouver des solutions durables pour garantir l’accès aux soins des communautés difficiles d’accès reste compliqué. Aucune autre ONG ne travaille ici. Il n’y a qu’ALIMA », explique Abdiaziz.
La clinique prend en charge les enfants souffrant de malnutrition aiguë tout au long d’un parcours de soins complet. Les équipes pèsent l’enfant, mesurent son périmètre brachial avec un bracelet MUAC pour suivre l’évolution de la malnutrition, conseillent les mères, distribuent des aliments thérapeutiques prêts à l’emploi (ATPE), puis vaccinent.
« Mon bébé souffrait de malnutrition, et ALIMA l’a soignée. J’étais tellement inquiète pour mon enfant. Aujourd’hui, je suis soulagée. Elle est hors de danger. Sans ALIMA, je devrais aller jusqu’à l’hôpital de Hargelle, et c’est trop loin de chez moi. »
Ubah vit à Yo’o avec ses deux enfants, âgés de 3 ans et 10 mois. Elle vient de faire vacciner la plus jeune, la même petite fille soignée quelques semaines plus tôt pour malnutrition dans cette même clinique
Le centre de santé d’Elkare se trouve dans les montagnes, à plus de 100 kilomètres de l’hôpital de Hargelle. Grâce au soutien d’ALIMA, il maintient des soins vitaux à portée de nombreuses familles. Fadumo tient dans ses bras son bébé de 9 mois, Shabcaan, pendant sa consultation de suivi. Elle a marché pendant une heure depuis chez elle.
ALIMA et le ministère de la Santé éthiopien: soigner ensemble
ALIMA intervient en Éthiopie depuis 2023, et aujourd’hui les soins sont entièrement dispensés par des équipes éthiopiennes, aux côtés de soignants locaux comme la Dre Shukri, à l’hôpital de Hargelle, dans cinq centres de santé et via la clinique mobile.
« ALIMA nous conseille sur la nutrition des patients et leur accompagnement psychologique au quotidien, et nous aide à superviser les infirmiers », explique le Dr Shukri, médecin généraliste du ministère de la Santé affectée à l’hôpital de Hargelle.
» L’hôpital était toujours plein et nous manquions de personnel. Quand il n’y avait pas d’électricité et que le groupe électrogène tombait en panne de carburant, des patients mouraient faute d’oxygène. » Le Dr Shukri décrit ainsi les difficultés que rencontrait l’hôpital avant l’arrivée d’ALIMA.
En 2026, ALIMA a installé un système solaire à l’hôpital de Hargelle et a financé le carburant du groupe électrogène de secours pour éviter les coupures d’électricité critiques.
« Nous nous rendons dans les structures de santé pour voir comment se déroulent les activités de nutrition et de santé mentale. Chaque semaine, ALIMA et les soignants du ministère de la Santé, médecins comme infirmiers, se réunissent, nomment les difficultés et discutent de la manière de travailler en équipe « , explique Anas, superviseur santé mentale pour ALIMA.
Dans la zone de l’Afder, le climat ne se contente pas d’assécher les pâturages. Il éloigne les familles des soins au moment où elles en ont le plus besoin. Parfois, quelques kilomètres de moins entre un enfant et un centre de santé suffisent à sauver une vie.
Ce projet a été rendu possible grâce au financement humanitaire du CIAA IFSAN.