Avril 2023 : le conflit éclate
Le 15 avril 2023, les premiers coups de feu retentissent à Khartoum, la capitale du Soudan, marquant le début de ce qui deviendra la plus grande crise humanitaire au monde.
Les combats s’étendent rapidement à travers le pays, forçant des milliers de familles à fuir. Certaines traversent les frontières vers le Tchad, le Soudan du Sud, l’Égypte, l’Éthiopie ou la République centrafricaine. D’autres sont déplacées à l’intérieur du Soudan, vers des zones plus sûres et des camps. Au fil des mois, le conflit s’enlise, les services de base s’effondrent, et les hôpitaux comme les écoles sont endommagés, détruits ou fermés. À la fin de l’année, on compte 9,1 millions de personnes déplacées à l’intérieur du Soudan (HCR).
Avant ce conflit, ALIMA apportait déjà une assistance aux personnes déplacées dans le Kordofan du Sud. Nos équipes soutenaient les mères et les enfants, prenaient en charge les survivantes de violences sexuelles et luttaient contre les épidémies. À Khartoum, ALIMA avait également réhabilité une unité de production d’oxygène médical essentielle au fonctionnement d’un hôpital de traumatologie, tout en formant le personnel hospitalier à son utilisation.
Avril 2024 : El Fasher bascule
El Fasher, centre administratif du Nord Darfour, était autrefois un carrefour dynamique d’apprentissage et de commerce. La ville accueillait déjà depuis des décennies d’importantes communautés de personnes déplacées installées dans des camps comme Zamzam et Abu Shouk. Elle devient alors l’un des principaux épicentres du conflit. Afrah, une mère de famille, et Ibrahim, un médecin, s’y trouvent. Chaque jour, l’accès à l’eau et à la nourriture devient plus difficile.
À cette période, ALIMA soutient les agents de santé locaux dans le seul hôpital encore fonctionnel de la ville, afin de répondre à l’urgence. L’insécurité est constante à El Fasher, obligeant les équipes à déplacer fréquemment leurs services de santé. Au fil de l’année, les violences s’intensifient dans le Nord Darfour, et El Fasher devient trop dangereuse pour Afrah, Ibrahim et leurs familles.
Décembre 2024 : le constat tombe. Le Soudan devient officiellement la plus grande crise humanitaire au monde, avec 30 millions de personnes ayant besoin d’une aide humanitaire (OCHA – Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies). Derrière ce chiffre se cachent des millions de luttes quotidiennes pour survivre.
Avril 2025 : les besoins humanitaires explosent
Afrah, avec ses trois enfants, et Ibrahim, avec sa famille, prennent la route à pied, fuyant El Fasher à différents moments de l’année 2025. Pendant deux à trois jours, ils marchent sans eau ni nourriture jusqu’à Tawila, à 70 km de là, à la recherche d’un endroit sûr. Ils ne sont pas seuls. Des milliers de familles avancent sous un soleil écrasant. Une vague massive de personnes déplacées submerge cette petite ville.
Tawila ne dispose ni des infrastructures ni des ressources nécessaires pour accueillir autant d’arrivées. Les familles s’installent comme elles peuvent, à même le sol, dans des conditions extrêmement difficiles. Les centres de santé sont rapidement débordés et peinent à prendre en charge des patients souffrant de blessures et de malnutrition sévère.
Afrah a réussi à survivre et à conduire ses enfants jusqu’à Tawila
« Nous avons été contraints de fuir, et certaines des personnes qui voyageaient avec nous sont mortes en chemin. Certains membres de notre famille ont été tués, d’autres sont morts, et nous avons perdu des proches. Nous souffrions de la faim. Mon fils a énormément souffert de la faim et de la soif. »
ALIMA est l’une des premières ONG médicales présentes sur le terrain à Tawila en février 2025, mettant en place des cliniques mobiles d’urgence pour fournir des soins vitaux en santé et en nutrition, tout en formant et en soutenant les agents de santé locaux.
© Mamadou Lamine Diop / ALIMA
Ibrahim est recruté par ALIMA comme assistant médical
© Mamadou Lamine Diop / ALIMA
« Nous sommes arrivés ici sans rien, seuls. Honnêtement, c’est un sentiment très douloureux à cause de la tristesse, du déracinement et de l’humiliation que nous avons subis. Mais nous avons été accueillis, et mes compétences ont été reconnues. »
En septembre, la famine est déclarée dans plusieurs zones du pays, dont El Fasher. Dans le Nord Darfour, l’année 2025 est également marquée par des attaques contre les civils à El Fasher et dans les camps alentour, ainsi que par une épidémie de choléra. Tawila continue de voir sa population augmenter, tandis que les financements humanitaires s’effondrent.
Avril 2026 : que se passe-t-il aujourd’hui ?
Trois ans plus tard, 15 millions de Soudanais restent sans foyer, déplacés à l’intérieur du pays ou à l’étranger, à la recherche de sécurité (HCR). À Tawila, 635 000 personnes vivent dans des conditions extrêmement difficiles. Les familles survivent dans des abris surpeuplés, avec peu d’espace, un accès limité à l’assainissement, ainsi qu’à la nourriture et à l’eau, ce qui favorise la propagation des maladies. Sur place, les équipes humanitaires peinent à répondre à l’immensité des besoins.
Comme Ibrahim, Wisal, Heba et Abubakr sont des survivants qui ont trouvé la force de se relever et d’agir aux côtés d’ALIMA. Plus de 70% de notre équipe médicale à Tawila est elle-même composée de personnes déplacées internes, contraintes de fuir leur foyer à cause du conflit qui continue de déraciner tant de vies. Aujourd’hui, ce sont des médecins, des sages-femmes et des infirmiers qui soignent leurs propres communautés tout en soutenant les équipes médicales locales face à un afflux constant de patients.
© Mamadou Lamine Diop / ALIMA
En coordination avec le ministère soudanais de la Santé, 27 membres du personnel d’ALIMA soutiennent 160 agents de santé locaux dans le Nord Darfour et ont renforcé la réponse humanitaire grâce à six cliniques d’urgence à Tawila. Avec les médecins locaux, l’équipe ALIMA fournit des soins dans les domaines suivants :
- la malnutrition sévère chez les enfants de moins de cinq ans
- la santé mentale
- les violences basées sur le genre
- la santé maternelle et infantile
- les consultations médicales générales
- la prise en charge des blessés
Au Soudan, au cours des trois dernières années, 237 163 personnes ont reçu un soutien d’ALIMA, comme Afrah et sa famille. Mais beaucoup d’autres restent encore sans accès aux soins. Les besoins médicaux dépassent largement les ressources disponibles. Le Soudan dispose d’une expertise remarquable et d’une grande résilience, mais reste freiné par un manque critique de financement.
Pour mieux comprendre l’urgence de la situation, voici un reportage sur les opérations d’ALIMA au Nord Darfour.
Ce projet d’urgence au Nord Darfour est soutenu par l’Union européenne et le Sudan Humanitarian Fund (SHF)